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Centre de recherche
mercredi 25 janvier 2017
Communiqué de presse

Une expérimentation tardive du cannabis limite les effets négatifs sur les habiletés cognitives des adolescents

Selon une étude, plus les adolescents tardent à consommer de la marijuana, mieux leur cerveau se porte. Cette drogue pourrait avoir peu d’effets nocifs si elle est expérimentée après l’âge de 17 ans.

MONTRÉAL, le 25 janvier 2017 – Les adolescents qui fument du cannabis dès l’âge de 14 ans obtiennent de moins bons résultats à certains tests cognitifs passés à l’âge de 20 ans et ils sont plus nombreux à abandonner leurs études que ceux qui ne fument pas de cannabis. Telle est la conclusion d’une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Montréal et publiée le 29 décembre dernier dans la revue Development and Psychopathology des Presses universitaires de Cambridge.

«Globalement, ces résultats indiquent que, en plus de l’échec scolaire, les habiletés fondamentales nécessaires à la résolution de problèmes et à l’adaptation à la vie quotidienne […] peuvent être altérées par l’exposition précoce au cannabis», lit-on dans l’étude.

Néanmoins, les déclins cognitifs associés au cannabis semblent n’être ni généralisés ni répandus, précise l’auteure principale de l’étude, Natalie Castellanos Ryan, professeure adjointe à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal.

Son étude n’établit des liens entre la consommation de cannabis et les lésions cérébrales que pour ce qui est du quotient intellectuel verbal et de certaines aptitudes cognitives liées aux régions frontales du cerveau, en particulier l’apprentissage par essais et erreurs.

De plus, si les adolescents attendent d’avoir 17 ans pour fumer leur premier joint, ces lésions ne sont plus perceptibles. «Nous avons constaté que les adolescents qui ont commencé à consommer du cannabis à l’âge de 17 ans ou plus tard ont obtenu les mêmes résultats que ceux qui n’avaient pas fumé de cannabis», explique Natalie Castellanos Ryan.

Dans cette étude, la chercheuse et son équipe de l’Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine, le centre hospitalier universitaire à vocation pédiatrique affilié à l’UdeM, ont examiné les cas de 294 adolescents qui faisaient partie de l’Étude longitudinale et expérimentale de Montréal (une cohorte bien connue composée de 1037 garçons blancs francophones issus des quartiers les plus défavorisés de la ville). Les adolescents ont effectué des tests cognitifs à l’âge de 13, 14 et 20 ans et ont répondu à un questionnaire une fois par année, de l’âge de 13 ans jusqu’à leurs 17 ans, puis de nouveau à l’âge de 20 ans, entre 1991 et 1998.

Près de la moitié (43%) de ces adolescents ont déclaré avoir fumé du cannabis à un moment donné pendant cette période et la plupart ont dit ne l’avoir fait que quelques fois par année. À l’âge de 20 ans, 51 % des adolescents interrogés ont rapporté qu’ils consommaient encore du cannabis. En général, ceux qui avaient fumé tôt du cannabis avaient déjà une mauvaise mémoire à court terme et une mauvaise mémoire de travail (soit la capacité de retenir assez longtemps une information, comme un numéro de téléphone, pour être en mesure de l’utiliser ou la capacité de suivre une instruction peu de temps après l’avoir reçue). Pourtant, ils possédaient de bonnes aptitudes verbales et un bon vocabulaire. Natalie Castellanos Ryan donne une explication possible à ce résultat: «Un jeune adolescent doit déployer de nombreuses compétences pour se procurer de la drogue, car celle-ci n’est pas facile d’accès.» 

Avec son équipe, elle a découvert que le fait de fumer du cannabis pendant l’adolescence n’était associé qu’à des difficultés tardives en matière d’aptitudes verbales et d’aptitudes cognitives, comme l’apprentissage au moyen d’essais et d’erreurs, et que ces aptitudes déclinaient plus rapidement chez les adolescents qui avaient commencé à fumer plus tôt que les autres. Ceux qui avaient expérimenté le cannabis avant les autres avaient aussi tendance à abandonner leurs études plus tôt, ce qui contribuait à expliquer le déclin de leurs aptitudes verbales. «Les résultats de cette étude montrent que les répercussions de la consommation de cannabis sur l’intelligence verbale ne sont pas dues aux effets neurotoxiques du cannabis sur le cerveau, mais plutôt à un possible mécanisme social: les adolescents qui consomment du cannabis sont moins susceptibles d’aller à l’école et d’obtenir un diplôme, ce qui peut influer sur les occasions de développement de leur intelligence verbale», remarque Natalie Castellanos Ryan.

En plus de répondre à des questionnaires sur leur consommation de drogue et d’alcool durant l’année précédente, les garçons ont effectué une série de tests visant à évaluer leur développement cognitif. Par exemple, on leur a demandé de retenir des mots et des chiffres, puis de les répéter de différentes manières, ou encore d’apprendre de nouvelles associations entre diverses images ou de jouer à un jeu de cartes dans le but d’analyser leurs réactions quand ils gagnaient ou perdaient de l’argent; pour tester leur vocabulaire, on les a invités à nommer des objets et à décrire les similitudes entre les noms donnés. En général, les adolescents qui ont obtenu de mauvais résultats aux tests linguistiques et aux tests d’apprentissage nécessitant de faire des essais et des erreurs, soit pour associer des images entre elles ou pour détecter les pertes ou les gains au cours du jeu de cartes, ont déclaré avoir fumé du cannabis au début de leur adolescence.

Que faut-il conclure de cette étude?

«Je crois que nous devrions faire en sorte de retarder le début [de la consommation de marijuana]», mentionne Natalie Castellanos-Ryan, qui a maintenant l’intention de vérifier si elle obtiendrait les mêmes résultats avec d’autres groupes d’adolescents et de déterminer si la consommation de cannabis est liée à d’autres problèmes, comme la toxicomanie, plus tard dans la vie. «La prévention est d’autant plus importante de nos jours, ajoute-t-elle, que la marijuana est beaucoup plus puissante aujourd’hui qu’elle l’était dans les années 90 et que les adolescents sont plus enclins à en consommer parce qu’ils la voient d’un bon œil, comme une drogue moins dangereuse que d’autres drogues récréatives.»

«Toutefois, il est important de nous en tenir aux preuves dont nous disposons et de ne pas exagérer les effets nocifs du cannabis, met en garde Natalie Castellanos Ryan. Nous ne pouvons pas dire aux enfants: “Si vous fumez du cannabis, vous allez grandement endommager votre cerveau et gâcher votre vie.” Il faut se montrer réalistes et leur dire: “Nous avons des preuves que la consommation de cannabis a des effets nocifs, surtout si vous commencez à en consommer quand vous êtes jeunes. Donc, si vous pouvez retarder autant que possible votre expérimentation du cannabis, au moins jusqu’à l’âge de 17 ans, il y aura moins de risques que cela ait des incidences sur votre cerveau.”»

À propos de l’étude

Cette étude est financée grâce à une bourse du Fonds de recherche du Québec – Santé versée à Natalie Castellanos Ryan, à une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada accordée à Jean R. Séguin, à Sophie Parent et à Frank Vitaro, et à une subvention d’infrastructure provenant du Fonds de recherche du Québec – Société et culture.

L’Étude longitudinale et expérimentale de Montréal a été lancée en 1984 par Richard Tremblay et Frank Vitaro, qui la dirigent, et elle est financée par plusieurs organismes fédéraux et provinciaux.

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À propos du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine

Le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine est un établissement phare en recherche mère-enfant affilié à l’Université de Montréal. Axé sur la découverte de moyens de prévention innovants, de traitements moins intrusifs et plus rapides et d’avenues prometteuses de médecine personnalisée, il réunit plus de 200 chercheurs, dont plus de 90 chercheurs cliniciens, ainsi que 360 étudiants de cycles supérieurs et postdoctorants. Le centre est partie intégrante du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, le plus grand centre mère-enfant au Canada et le deuxième centre pédiatrique en importance en Amérique du Nord. Détails au recherche.chusj.org

Autre source / renseignements

Source:

Université de Montréal

Personne-ressource auprès des médias:

Jeff Heinrich
Université de Montréal
Tél: 514 343-7593

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Mise à jour le 25 avril 2017
Créée le 26 janvier 2017
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