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jeudi 27 septembre 2018

Lien établi entre le profil cognitif et le risque de victimisation par les pairs et de comportement d'intimidation

Une nouvelle étude dirigée par des chercheurs au CHU Sainte-Justine indique qu’’il est possible de prévoir qui deviendra un intimidateur et de modifier l’évolution d’une telle personne grâce à des stratégies neurocognitives ciblées.

MONTRÉAL, le 27 septembre 2018 – L’intimidation constitue une importante préoccupation en matière de santé publique au Canada et dans le monde entier. Le Canada est au 9e rang en ce qui a trait au taux d’intimidation chez les jeunes de 13 ans dans un classement comprenant 35 pays. De plus, un étudiant adolescent sur trois au Canada a récemment été victime d’intimidation. Les adolescents qui subissent de l’intimidation présentent un large éventail de conséquences négatives à long terme, dont des résultats scolaires plus faibles, le décrochage scolaire ainsi que des problèmes de santé mentale (incidence plus élevée), comme la dépression, l’anxiété, la participation à des activités criminelles ou encore des idéations suicidaires ou tentatives de suicide. Une nouvelle étude réalisée par des chercheurs au CHU Sainte-Justine et à l’Université de Montréal, publiée dans le Journal of Abnormal Psychology, indique qu’une évaluation par outils cognitifs informatisés permet de prédire qui s’adonnera à l’intimidation, d’expliquer comment une fonction cognitive de base peut mener à des agressions interpersonnelles sous l’influence d’une vulnérabilité à la victimisation par les pairs, et enfin de décrire les effets d’une telle victimisation sur les pensées de l’adolescent au sujet des autres et à son propre sujet. Les résultats de l’étude font ressortir un besoin criant de faire une priorité des interventions précoces visant les adolescents désinhibés ou victimisés au Canada.

Pour comprendre les comportements associés à l’intimidation, il est nécessaire de tenir compte de divers facteurs de vulnérabilité individuelle, en plus des facteurs environnementaux. Les interventions visant à atténuer les difficultés interpersonnelles parmi les adolescents auraient grand avantage à faire appel à des stratégies neurocognitives ciblées, dont l’objectif serait de gérer les contrôles inhibiteurs et l’impulsivité, associées à des changements dans les écoles favorisant une plus grande empathie envers les enfants désinhibés et aidant ces derniers à perfectionner leurs aptitudes de gestion de soi. «Nos résultats suggèrent également que des interventions ayant pour objectif d’améliorer efficacement les stratégies d’adaptation cognitive et comportementale pour gérer les pensées automatiques hostiles et cultiver une solide estime de soi positive en réaction à la victimisation pourraient engendrer une meilleure évolution pour les jeunes désinhibés», explique Hanie Edalati, PhD, chercheuse postdoctorale au CHU Sainte-Justine et première auteure de l’étude.

Comment est-on arrivé à ces résultats?

Certaines études récentes établissent de façon similaire un lien entre, d’une part, un profil désinhibé durant l’enfance et, d’autre part, la victimisation par les pairs et des comportements de perpétration de l’intimidation en montrant que les adolescents ayant un tempérament désinhibé affichent des taux plus élevés de comportements problématiques, notamment de l’agression et de la bagarre, après avoir été exposés à la victimisation. En revanche, ces études ne montrent pas clairement par l’observation longitudinale la progression du tempérament désinhibé à l’agression. «Nous désirions comprendre pourquoi et comment les traits de désinhibition ou d’impulsivité se transforment en comportements agressifs durant l’adolescence. En tant que psychologue clinicienne, je comprends que l’impulsivité est causée par des difficultés du côté des comportements de “cessation” ou de l’inhibition des réponses, ce qu’il est possible de mesurer très simplement en se concentrant sur le temps de réaction associé à des tâches cognitives. J’ai également remarqué que ce trait ou style cognitif coexiste avec des comportements agressifs et hostiles chez les adolescents, y compris les comportements d’intimidation. Mais à l’heure actuelle, rares sont les études empiriques qui expliquent comment un tel style cognitif peut causer des pensées, des intentions et des comportements hostiles et agressifs. Nos recherches confirment qu’un style cognitif impulsif ne mène à des pensées hostiles et à des comportements agressifs que dans des circonstances environnementales déterminantes, comme la susceptibilité à être intimidé par les pairs», affirme la professeure Patricia Conrod, auteure principale de l’étude, chercheuse au CHU Sainte-Justine et professeure au Département de psychiatrie de l'Université de Montréal.

Pour étudier la trajectoire en question, l’équipe de recherche a suivi un échantillon de 3826 adolescents canadiens d’environ 13 ans durant 4 ans, recueillant des données exhaustives sur leurs caractéristiques cliniques et cognitives. Une méthode statistique d’analyse multiniveau des pistes causales a été appliqué pour évaluer les effets indirects de l’inhibition des réponses et de la victimisation sur la perpétration de l’intimidation dépendant de l’estime de soi et des pensées liées à l’hostilité, tout cela sur le plan de la «causalité générale» et des fluctuations entre chacun des moments de mesure et durant la période de quatre ans dans son ensemble. «Cette approche longitudinale fondée sur les mégadonnées n’avait encore jamais été appliquée à une étude des comportements d’intimidation chez les adolescents, et surtout pas selon une telle perspective neurocognitive», ajoute Patricia Conrod.

Qu’a-t-on découvert de nouveau?

L’équipe responsable de l’étude a établi que l’expression de comportements de perpétration par des adolescents désinhibés pourrait s’expliquer en grande partie par une exposition à la victimisation par des pairs durant l’adolescence. Nous devons donc comprendre les comportements agressifs adoptés par les jeunes désinhibés comme une stratégie d’adaptation plutôt que comme une agression contrôlée axée sur l’atteinte d’un objectif, ce que soutenaient certaines des études précédentes. Il est possible de prévenir l’expression de comportements de perpétration chez des adolescents désinhibés à divers points de leur évolution : en ciblant les styles cognitifs désinhibés, en réduisant les expériences de victimisation et en traitant les pensées hostiles et négatives sur soi-même qui surgissent en réaction à la victimisation par les pairs.

Les conclusions de l’étude appuient les efforts déployés pour veiller à ce que les conseillers scolaires et les prestataires de soins abordent les expériences de victimisation passées et actuelles, ainsi que les traits désinhibés sous-jacents, quand ils offrent leurs services à des adolescents présentant des comportements de perpétration. «Nos résultats soutiennent fermement l’importance d’une intervention précoce auprès des adolescents désinhibés en vue de réduire les effets indésirables à long terme de ce problème avant que la vulnérabilité de ces adolescents n’accroisse le risque de conséquences malheureuses pour eux et leurs pair », précise Hanie Edalati.

Et ensuite?

L’équipe de recherche analysera le rôle d’autres facteurs de risque en ce qui a trait à l’émergence de difficultés dans les relations interpersonnelles durant l’adolescence, sur les plans individuel (p. ex. psychopathologie, usage de substances psychoactives, puberté) ou encore environnemental et systémique (p. ex. pauvreté, groupe de pairs, parentage). L’équipe a créé des interventions ciblant des jeunes désinhibés dont l’objectif est de gérer les contrôles inhibiteurs et l’impulsivité. Elle en est actuellement à évaluer l’incidence de ces interventions ciblées sur la perpétration de l’intimidation dans les écoles. «L’un des avantages associés au fait d’appliquer des interventions précoces aux risques cognitifs sous-jacents est la possibilité d’en arriver à une prévention véritable. Les autres avantages concernent d’autres conséquences de ce trait, précise la docteure Conrod. En ce qui a trait aux lacunes sur le plan de l’inhibition des réponses, nous savons que ce style cognitif est associé à divers problèmes émotionnels et comportementaux, dont le mésusage de substances psychoactives. Cette démarche de prévention de l’intimidation peut donc être intégrée à un programme de promotion de la santé mentale plus large visant à prévenir un vaste éventail de problèmes de santé mentale.»

À propos de cette étude

L’article intitulé «Poor Response Inhibition and Peer Victimisation: A Neurocognitive Ecophenotype of Risk for Adolescent Interpersonal Aggression» a été publié en ligne dans le Journal of Abnormal Psychology en septembre 2018. La première auteure est Hanie Edalati, Ph. D., chercheuse postdoctorale sous la supervision de Patricia Conrod. L’auteure principale est Patricia Conrod, Ph. D., chercheure et directrice du laboratoire Venture au CHU Sainte-Justine, professeure titulaire au Département de psychiatrie de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire Dr Julien/Fondation Marcelle et Jean Coutu en pédiatrie sociale en communauté de l’Université de Montréal. Cette étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, le Fonds de recherche du Québec – Santé, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et le programme de chaires de recherche du Canada, la Chaire Dr Julien/Fondation Marcelle et Jean Coutu en pédiatrie sociale en communauté de l’Université de Montréal et la Fondation CHU Sainte-Justine. Les bailleurs de fonds n’ont joué aucun rôle sur les plans de la conception de l’étude, de la collecte, de l’analyse et de l’interprétation des données, de la rédaction du rapport ou de la décision de soumettre l’article en vue d’une publication.

Auteurs : Hanie Edalati, Ph. D., Mohammad H. Afzali, Ph. D. et Patricia J. Conrod, Ph. D.

À propos du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine

Le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine est un établissement phare en recherche mère-enfant affilié à l’Université de Montréal. Axé sur la découverte de moyens de prévention innovants, de traitements moins intrusifs et plus rapides et d’avenues prometteuses de médecine personnalisée, il réunit plus de 200 chercheurs, dont plus de 90 chercheurs cliniciens, ainsi que 450 étudiants de cycles supérieurs et postdoctorants. Le centre est partie intégrante du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, le plus grand centre mère-enfant au Canada et le deuxième centre pédiatrique en importance en Amérique du Nord. Détails au recherche.chusj.org

Source
CHU Sainte-Justine
Renseignements

Maude Hoffmann
Communications, Centre de recherche du CHU Sainte-Justine
communications@recherche-ste-justine.qc.ca

Personne-ressource pour les médias :

Patsy Coulanges
CHU Sainte-Justine
Tél. au bureau : 514 345-4931, poste 4354
patsy.coulanges.hsj@ssss.gouv.qc.ca

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Mise à jour le 28 septembre 2018
Créée le 26 septembre 2018
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