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Centre de recherche
mardi 10 décembre 2019
Communiqué de presse

La transfusion de globules rouges frais n’améliore pas le sort des enfants traités en soins intensifs

Les résultats de l’étude ABC-PICU remettent en question les politiques hospitalières exigeant une utilisation préférentielle de culots globulaires plus frais

MONTRÉAL, 10 décembre 2019 – Une nouvelle étude menée par le CHU Sainte-Justine et l’Université de Montréal, et par la Washington University School of Medicine à St.-Louis a démontré chez des enfants anémiques traités aux soins intensifs que la transfusion de culots globulaires plus frais – entreposés pendant 7 jours ou moins – n’est pas plus bénéfique que la transfusion de culots entreposés plus longtemps et ne fait pas diminuer le risque de mortalité ainsi que la fréquence et la gravité des défaillances d’organes chez les enfants traités en soins intensifs. Les résultats sont publiés en ligne aujourd’hui dans la revue médicale Journal of the American Medical Association (JAMA).

Une forte proportion des enfants traités aux soins intensifs sont anémiques. La transfusion de globules rouges constitue la seule façon de traiter rapidement une anémie assez grave pour mettre la vie d’un patient en danger. Les globules rouges sont conservés par les banques de sang sous la forme de culots globulaires qu’on peut entreposer jusqu’à 42 jours. Certaines données publiées au cours des dernières décennies laissaient entendre que la transfusion de culots globulaires entreposés plus longtemps serait moins avantageuse que la transfusion de culots entreposés moins longtemps. Ce nouveau constat devrait réassurer les patients, les parents et les médecins : la pratique actuelle des banques de sang qui consiste à fournir des culots globulaires entreposés plus longtemps est sécuritaire et efficace chez ces patients particulièrement malades et fragiles.

Cette étude, un des plus grands essais cliniques randomisés pédiatriques, a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le National Heart, Lung, and Blood Institute (NHLBI) aux États-Unis, le Programme Hospitalier de Recherche Clinique (PHRC) en France et le Ministère de la Santé du Québec.

L’étude a été menée conjointement par deux investigateurs principaux : la Docteure Marisa Tucci du CHU Sainte-Justine et l’Université de Montréal et le Docteur Philip Spinella de Washington School of Medicine à St. Louis. Selon ces deux chercheurs pédiatres-intensivistes, l’étude démontre que les médecins qui traitent des enfants aux soins intensifs ne devraient pas craindre d’utiliser des culots globulaires plus vieux chez leurs patients. En fait les résultats de cette étude suggèrent même qu’il n’est pas avisé d’exiger du sang plus frais sauf peut-être dans quelques circonstances exceptionnelles. L’application des résultats de l’étude devrait faciliter le travail des banques de sang qui n’auront plus à répondre à l’exigence faite par certains médecins de fournir du sang plus frais à leurs patients.  

Les culots globulaires sont habituellement administrés en soins intensifs pédiatriques à des enfants très malades qui souffrent d’affections augmentant les besoins transfusionnels comme les cas de traumatisme grave ou qui sont sous chimiothérapie, qui ont subi une chirurgie majeure avec pertes sanguines importantes ou qui sont atteints par certaines maladies comme l’anémie falciforme ou la thalassémie. La pratique usuelle des banques de sang de la grande majorité des hôpitaux est de dispenser les culots les plus vieux en stock afin d’éviter que les produits ne deviennent périmés. Cependant, il est bien connu que des culots globulaires entreposés moins longtemps sont préférentiellement dispensés pour certains enfants malgré le fait qu’il n’existe aucune preuve qu’une telle pratique soit bénéfique.

Afin de combler ce manque de preuves, les investigateurs de l’étude Age of Blood in Children in Pediatric Intensive Care Units (ABC-PICU) ont mené un grand essai randomisé qui a inclus des patients admis aux soins intensifs de 50 centres hospitaliers. L’étude a débuté en février 2014 et s’est terminée en novembre 2018; 1461 patients âgés de 3 jours à 16 ans admis en soins intensifs ont été recrutés aux États-Unis (29 sites), au Canada (10 sites), en France (8 sites), en Italie (2 sites) et en Israël (1 site); le CHU Sainte-Justine était le centre coordonnateur de l’étude au Canada et a recruté le plus grand nombre de patients (plus de 160). C’est l’équipe du Dr Dean Fergusson du Centre for Practice-Changing Research de l’Université d’Ottawa qui a mené les analyses scientifiques avec les Drs Tucci et Spinella. Dans l’étude ABC-PICU, la moitié des patients ont reçu du sang entreposé pendant 7 jours ou moins alors que l’autre moitié a reçu du sang entreposé plus longtemps. Le critère de jugement principal était la mortalité ou le développement de défaillance d’organes (atteinte de la fonction d’un ou plusieurs organes aussi dénommée défaillance multiviscérale). L’étude démontre que la transfusion de sang plus frais ne réduit pas la mortalité ni l’importance de la défaillance multiviscérale comparativement à ce qui était noté dans le groupe transfusé avec du sang plus vieux. En fait le sort des enfants était le même dans les deux groupes : une défaillance multiviscérale est survenue chez 20.2% des enfants ayant reçu du sang frais comparé à 18.2% chez ceux ayant reçu du sang entreposé plus longtemps.

Le grand nombre de patients recrutés renforce les conclusions que l’on peut en tirer. De plus la diversité géographique des sites et des patients qui ont participé à l’étude permet de généraliser l’applicabilité des constats à l’ensemble des enfants admis aux soins intensifs. Malgré tout, les chercheurs mentionnent quelques réserves. L’étude n’a pas pu déterminer si l’impact de transfuser du sang entreposé particulièrement longtemps (plus de 35 jours) n’aurait pas eu un effet sur le devenir des enfants transfusés. De plus, on peut se demander si les résultats seraient différents chez les patients qui requièrent un volume de transfusion sanguine très important, car la majorité des participants à l’étude ABC-PICU ont reçu des volumes de sang plutôt modestes.  

Il reste que l’étude ABC-PICU démontre clairement que la pratique courante est sécuritaire et qu’il n’y a pas d’avantage à transfuser du sang plus frais. Ces données sont probablement applicables à presque tous les enfants traités aux soins intensifs.

Étude: Effect of Fresh vs. Standard-issue Red Blood Cell Transfusions on Multiple Organ Dysfunction Syndrome in Critically Ill Pediatric Patients. DOI: 10.1001/jama.2019.17478

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À propos du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine

Le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine est un établissement phare en recherche mère-enfant affilié à l’Université de Montréal. Axé sur la découverte de moyens de prévention innovants, de traitements moins intrusifs et plus rapides et d’avenues prometteuses de médecine personnalisée, il réunit plus de 200 chercheurs, dont plus de 90 chercheurs cliniciens, ainsi que 500 étudiants de cycles supérieurs et postdoctorants. Le centre est partie intégrante du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, le plus grand centre mère-enfant au Canada et le deuxième centre pédiatrique en importance en Amérique du Nord. Détails au recherche.chusj.org

Source
CHU Sainte-Justine
Renseignements

Personnes-ressources auprès des médias :

Florence Meney
Conseillère-cadre – médias externes
CHU Sainte-Justine
Tél. : 514-755-2516
florence.meney.hsj@ssss.gouv.qc.ca  

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Mise à jour le 10 décembre 2019
Créée le 9 décembre 2019
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