Centre de recherche
dimanche 7 décembre 2025

Dans les coulisses du mentorat

Entrevue avec Carolina Alfieri

Derrière chaque parcours scientifique, il y a des rencontres décisives, des conseils transmis au bon moment et des initiatives qui laissent une empreinte durable. Le mentorat, c’est cet accompagnement discret mais essentiel qui nourrit la confiance et rend visibles les trajectoires possibles.  

C’est autour de ce thème que nous avons rencontré Carolina Alfieri, chercheuse récemment retraitée et aujourd'hui présidente du comité d'Équité, diversité et inclusion (EDI) du Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine. De ses débuts dans un monde résolument masculin en milieu de recherche fondamentale, à l’essor d’une culture plus ouverte et collaborative, elle partage une vision du mentorat fondée sur la franchise, la réceptivité et la confiance. 

Pourriez-vous partager un moment difficile dans votre parcours personnel et/ ou professionnel et durant lequel une ou un mentor vous a aidé ? 

« Sans le Dr Jean Harry Joncas, j’aurais quitté la recherche. » Carolina se souvient de ses débuts dans les années 1990 comme d’une période de grande incertitude, où les fonds étaient rares et les occasions de percer encore plus limitées pour les jeunes chercheuses. Elle évoque avec beaucoup de reconnaissance le Dr Juncas, son directeur de thèse, un homme exigeant qui l'a guidé et encouragé au moment où elle doutait de sa place dans le milieu académique. « Il lisait mes demandes de subvention même lorsqu’il était débordé. Il croyait en moi plus que je ne croyais en moi-même », confie-t-elle. À l’époque, le mot mentorat n’était pas encore répandu. On parlait d’un directeur, d’un superviseur, rarement d’un mentor. Et pourtant, dans cette relation, Carolina reconnaît aujourd’hui tous les ingrédients du mentorat : l’attention portée à la progression d’une jeune chercheuse, la transmission de savoirs concrets, mais surtout cette conviction tranquille qu’elle pouvait y arriver. « Il m’a montré comment chercher des financements, comment présenter mes idées, mais surtout, il m’a donné confiance en ma capacité d’exister dans cet univers. » 

Pouvez-vous partager une bonne pratique en mentorat qui a particulièrement bien fonctionné pour vous ?  

Avec le temps, Carolina a développé un style de mentorat qui lui ressemble : exigeant, mais toujours empreint de bienveillance. Elle n’a jamais cru aux euphémismes ni aux détours. « Parler avec respect, mais sans détour, c’est une preuve de considération », dit-elle simplement. Elle se souvient d'une étudiante hésitante, qui manquait d’assurance et de rigueur dans ses manipulations. « Je lui ai dit : Si tu t’infectes avec le virus de l’hépatite C, ça ne fait pas mon affaire… ni la tienne. Elle a pleuré, puis elle s’est relevée. » Ce moment, d’apparence rude, a été un tournant. Quelques semaines plus tard, elle avait retrouvé sa confiance, et a poursuivi son chemin jusqu’à un poste envié dans l’industrie. Pour Carolina, ce type de vérité est essentiel : « Dire les choses, ce n’est pas blesser. C’est préparer et équiper. » À ses yeux, le mentorat n’est pas un espace de protection, mais un lieu d’apprentissage honnête où la franchise, lorsqu’elle est portée par la bienveillance, peut devenir un moteur de progression. 

Quelles compétences clés cherchez-vous à développer chez vos mentoré(e)s ? 

Le mentorat, insiste-t-elle, repose sur une réciprocité. « On peut voir un potentiel immense, mais si la personne n’est pas réceptive, on ne peut pas forcer la relation. » Carolina parle de cette écoute comme d’un dialogue fragile, où chacun doit accepter de se remettre en question. Certaines relations s’essoufflent, d’autres se transforment. « Parfois, il faut reconnaître que la dynamique ne fonctionne pas. Un bon mentor sait aussi reconnaitre quand laisser partir », dit-elle sans amertume. L’important, à ses yeux, n’est pas de tout réussir, mais de préserver la dignité et la confiance mutuelle. Elle raconte aussi des histoires plus lumineuses, comme celle d’une étudiante dont l’une des forces était l’écriture. « Je lui ai simplement dit à quel point c’était exceptionnel, une telle aisance à rédiger en science. » Ces quelques mots, glissés sans y penser, ont déclenché une vocation : aujourd’hui, elle est rédactrice scientifique au CHUM. « Nommer les forces, c’est parfois tout ce qu’il faut pour élargir les horizons. » 

Les compétences-clés à transmettre 

Trois compétences lui tiennent à cœur : 

  • Ancrer la rigueur et la sécurité : « Les écarts théoriques peuvent se rattraper si la personne est déterminée — mais jamais au détriment de sa sécurité en laboratoire. La rigueur technique, c’est une question de respect pour soi et pour les autres. » 
  • Cultiver la réceptivité : apprendre à écouter, à recevoir un conseil et à reconnaître ses limites. « C’est ce qui permet à la relation de mentorat d’exister. Sans cette ouverture, tout s’arrête. » 
  • Développer la confiance en soi : une dimension que Carolina juge particulièrement fragile, surtout chez les femmes et plusieurs minorités. « La confiance ne se décrète pas, elle se construit. Une présentation à la fois, un succès à la fois. Et notre rôle, comme mentors, c’est de la nourrir par de petites victoires. » 

Carolina Alfieri mesure le chemin parcouru depuis ces années où la recherche avançait en parallèle, rarement en dialogue. Aujourd’hui, l’interdisciplinarité ouvre de nouveaux espaces d’apprentissage et de transmission. À ses yeux, cette évolution a transformé le mentorat lui-même : plus collectif, plus horizontal, où chacun apprend de l’autre et contribue à faire grandir la communauté scientifique. 

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Mise à jour le 1 décembre 2025
Créée le 26 novembre 2025
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