À l’automne 2024, le Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine a lancé la troisième édition du concours du Fonds Benoit Lanteigne. Exceptionnellement cette année, seules les propositions portant sur les maladies rares étaient admissibles. À l’issue de cette sélection, trois projets se sont distingués par leur excellence scientifique et leur potentiel d’impact significatif dans le domaine des maladies rares.
Vous trouverez ci-dessous un bref aperçu de leurs projets. Toutes nos félicitations aux récipiendaires!
Thérapies antisens pour les maladies cardiaques associées aux RASopathies – étude ARASCARD - Dr Gregor Andelfinger
La voie RAS-MAPK est un mécanisme clé qui contrôle la spécialisation des cellules, leur croissance et leurs fonctions spécifiques. Les RASopathies sont des maladies génétiques rares causées par des mutations dans les gènes de cette voie, qui perturbent profondément le développement et entraînent plusieurs syndromes apparentés, comme le syndrome de Noonan (NS). L'une des formes les plus graves de RASopathie est une maladie du cœur appelée cardiomyopathie hypertrophique associée aux RASopathies (RAS-HCM). Dans les cas précoces, cette maladie est fatale dans 80% avant l'âge de deux ans.
Récemment, une nouvelle classe de médicaments a été développée. On les appelle « oligonucléotides antisens » parce qu'il s'agit de petites molécules qui agissent comme un frein directement sur la séquence génétique que chaque cellule individuelle utilise pour exercer ses fonctions.
Ce projet propose de développer et d'optimiser des freins spécifiques pour limiter l'hyperactivation de la cascade RAS/MAPK et de surcroît aboutir à des médicaments spécifiques pour les porteurs de mutations sévère. Il engendrera de nouvelles avenues de traitement pour ce groupe très important de maladies infantiles que sont les RASopathies. Cette approche pourrait devenir un moyen plus universel de combattre aussi les autres manifestations graves de ces maladies, comme les problèmes valvulaires ou lymphatiques.
Application clinique de la thérapie génique ex vivo pour la maladie de Sanfilippo de type D - Dr Philippe Campeau
La maladie de Sanfilippo type D est une maladie ultra-rare qui provoque une dégénérescence progressive du corps et du cerveau. Elle résulte de mutations génétiques qui empêchent l'enzyme N-acétyglucosamine-6-sulfatase (GNS) de fonctionner normalement, et qui provoque une inflammation et la mort cellulaire. Les symptômes comprennent le retard de développement, la déficience intellectuelle avec détérioration progressive des capacités cognitives, des problèmes de comportement et d'autres déficiences physiques graves. Parmi tous les types de maladie Sanfilippo, le type D est extrêmement rare, avec seulement huit patients identifiés par une étude internationale.
Une jeune patiente atteinte de la maladie de Sanfilippo de type D est actuellement traitée au CHU Sainte-Justine. Compte tenu de la progression de la maladie et des défis futurs, une intervention rapide est cruciale. Notre objectif est de développer une thérapie génique ex vivo pour la maladie de Sanfilippo de type D dans un essai d'un seul patient au CHU Sainte-Justine.
Ce projet vise à aider notre jeune patiente à éviter une détérioration neurologique et une mort prématurée en restaurant l'enzyme GNS fonctionnelle dans ses cellules. Cette initiative pourrait également mener à un traitement pour d'autres enfants atteints de la maladie de Sanfilippo type D améliorant ainsi leur qualité de vie et réduisant les symptômes neurocognitifs. Enfin, il permettra de renforcer l'expertise du CHU Sainte-Justine dans le traitement personnalisé des maladies héréditaires rares, en offrant des thérapies avancées aux patients les plus vulnérables et en augmentant leurs chances de guérison
Utilisation de promoteurs synthétiques pour une thérapie génique de précision dans la lymphohistiocytose familiale (HLH) par déficit en perforine - Dr Élie Haddad
La lymphohistiocytose hémophagocytaire (HLH) est une maladie rare et grave qui touche les enfants ayant hérité d'un gène muté de la Perforine. Du fait de ce déficit, le système immunitaire arrive à gérer la première phrase d'une infection, mais il n'arrive pas à finir le travail en se débarrassant comme il faut des cellules infectées. Le système immunitaire se retrouve ainsi hyper-stimulé en permanence, et cette réaction excessive peut entraîner une inflammation généralisée et même une défaillance d'organe(s), ce qui rend la HLH mortelle si elle n'est pas traitée.
Actuellement, le principal traitement est une greffe de moelle osseuse, pour remplacer le système immunitaire anormal, mais cette procédure comporte de graves risques. Une alternative prometteuse est la thérapie génique, où les propres cellules du patient sont modifiées pour corriger le défaut génétique sous-jacent.
Ce projet propose de développer une approche de thérapie génique de précision, en concevant un moyen d'exprimer le gène de la perforine uniquement dans les « bonnes » cellules immunitaires, soit les cellules T et NK, en utilisant un « interrupteur » spécial (appelé promoteur) qui contrôle l'expression du gène. Cette nouvelle stratégie pourrait éviter les effets secondaires indésirables tout en restaurant le fonctionnement du système immunitaire. Également, elle pourrait offrir un traitement plus sûr et plus efficace contre la HLH et potentiellement d'autres maladies, liées au système immunitaire dans lequel le gène anormal ne s'exprime que dans certaines cellules, telles que les cellules T et les cellules NK.