MONTRÉAL, le 28 août 2025 – Une étude révèle que l’exposition à différentes langues durant les dernières semaines de grossesse influence l'activité cérébrale liée au traitement du langage des nourrissons dès leurs premiers jours de vie.
Pour parvenir à ces résultats, l’équipe a demandé à un groupe de futures mères de faire écouter quotidiennement à leur bébé une courte histoire en français (langue maternelle), ainsi qu’en allemand ou en hébreu (langue étrangère) durant le dernier mois de grossesse. Un groupe témoin, quant à lui, n’a reçu aucune stimulation linguistique particulière.
Dans les trois premiers jours suivant la naissance, l’activité cérébrale des nourrissons a été enregistrée à l’aide de la spectroscopie proche infrarouge fonctionnelle (fNIRS), une méthode de neuro-imagerie fonctionnelle portable qui leur est adaptée. Plus spécifiquement, elle permet d’enregistrer le niveau d’oxygénation régionale de l’hémoglobine dans le cerveau, les régions cérébrales plus actives nécessitant davantage d’oxygène pour fonctionner.
Les analyses ont révélé que les réponses cérébrales à la langue étrangère entendue pendant la grossesse étaient similaires à celles observées pour la langue maternelle, et distinctes de celles associées à une langue étrangère inconnue. Plus précisément, une augmentation du niveau d’hémoglobine oxygénée a été observée dans le lobe temporal gauche, une région associée au traitement langagier, ainsi qu’une diminution de l’hémoglobine oxygénée dans la région préfrontale droite. Ces effets apparaissaient lors de l’écoute du français et de la langue étrangère familière, en contraste avec les réponses enregistrées pour une langue étrangère non familière.
« Cette étude est la toute première à étudier l’impact d’une exposition linguistique expérimentale prénatale sur le traitement cérébral de stimuli langagiers à la naissance. Elle démontre la possibilité d’influencer les réseaux cérébraux en charge du traitement linguistique à la naissance par une manipulation de l’environnement langagier prénatal. Le suivi longitudinal des enfants jusqu’à l’âge de trois ans nous permettra d’obtenir une vision plus complète de l’évolution du développement cérébral et langagier. » souligne Anne Gallagher.
Cette découverte est le fruit du travail d’Andréanne René et Laura Caron-Desrochers, doctorantes en neuropsychologie. Elles ont été appuyées par Natacha Paquette, coordinatrice et neuropsychologue de recherche, ainsi que par Julie Tremblay, ingénieure de recherche. L’étude a été réalisée sous la direction d’Anne Gallagher, chercheuse au Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine, professeure titulaire à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neuropsychologie de l’enfant et imagerie cérébrale.
Financée par le CRSNG et amorcée en 2015, cette étude vient de faire l’objet d’une publication dans Communications Biology.
Vers de nouvelles approches en périnatalité
Bien que de plus amples travaux soient nécessaires, ces données ouvrent de nouvelles perspectives pour les programmes d’accompagnement prénatal. Elles laissent penser que l’intégration d’activités simples – comme la lecture à voix haute ou l’écoute d’histoires enregistrées – pourrait contribuer, dès la grossesse, au développement précoce des circuits cérébraux liés à la perception du langage. À terme, la prise en compte de l’exposition linguistique prénatale pourrait peut-être éclairer certaines situations cliniques et contribuer à enrichir les pratiques de soutien aux futurs parents.
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