MONTRÉAL, le 17 septembre 2025 - Une équipe du Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte‑Justine a franchi une étape importante dans la lutte contre le mélanome uvéal – le cancer des yeux le plus fréquent chez l'adulte – en identifiant un mécanisme inédit pour freiner le développement et la migration des cellules cancéreuses. Cette étude, publiée dans Journal of Experimental & Clinical Cancer Research, met aussi en évidence le rôle du cholestérol dans le développement de métastases et la progression tumorale, et ouvre la voie à des traitements anticancéreux plus ciblés, stables et potentiellement moins toxiques. Grâce à une technologie brevetée de nanoparticules multicouches, l'équipe de recherche espère améliorer la prise en charge de ce cancer difficile à traiter.
De la biologie cellulaire à une stratégie thérapeutique prometteuse
Le projet, dirigé par le Dr Pierre Hardy et son associée de recherche Houda Tahiri, avec la collaboration de la doctorante Rui Wang et de l’assistante de recherche Claudia Gilbert, trouve ses origines dans des recherches amorcées il y a plus de deux décennies sur les microvésicules. Ces petites particules, sécrétées par les cellules en réponse à un stress, ont révélé des propriétés anticancéreuses. Ces effets ont été attribués aux microARN contenus dans les microvésicules : de toutes petites molécules d’ARN, mais de puissants régulateurs de la multiplication des cellules. Toutefois, leur instabilité et leur dégradation rapide dans l’organisme posait jusqu’à présent un défi majeur pour leur utilisation thérapeutique.
Un mécanisme inédit
Parmi les microARN ayant suscité un intérêt particulier, le miR‑181a se distingue par son potentiel thérapeutique. Les premiers tests in vitro ont montré que ce-dernier réduit la migration et l’invasion des cellules cancéreuses dans le mélanome uvéal, un type de cancer qui se développe dans l’uvée, la couche intermédiaire de l’œil. Dans un modèle murin, le miR‑181a ralentit la progression tumorale et prévient les métastases au foie, une complication fréquente du mélanome uvéal. Ces résultats sont particulièrement significatifs puisqu’environ 50 % des patients développent des métastases (surtout dans le foie), et ce malgré l’ablation de la tumeur oculaire.
Mais la véritable nouveauté de cette étude réside dans la compréhension du mécanisme d’action du miR‑181a : celui-ci agit en modulant le métabolisme du cholestérol, ce qui perturbe la structure des membranes des cellules cancéreuses et freine leur prolifération. « Ce qui rend cette découverte si importante, c’est qu’on ne se contente pas d’observer un effet thérapeutique : on comprend pourquoi il se produit. Le lien entre le cholestérol et la tumeur nous donne une cible claire et exploitable », explique le Dr Pierre Hardy.
Vers une plateforme polyvalente et personnalisée
Pour surmonter l’obstacle lié à l’instabilité des microARN dans le corps humain, l’équipe a développé, en collaboration avec des chercheurs de l’Université de Montréal, une technologie brevetée de nanoparticules multicouches capables d’encapsuler le miR‑181a et de l’acheminer vers la tumeur. Cette technologie assure une stabilité prolongée, même à température ambiante, et pourrait améliorer l’efficacité des traitements contre le mélanome uvéal.
L’équipe explore également des traitements combinés, où le miR‑181a serait co-formulé avec des médicaments anticancéreux. Dans l’étude, ils ont démontré dans un modèle murin que la combinaison du miR‑181a avec le crizotinib produit un effet synergique, permettant de réduire les doses de médicaments toxiques tout en conservant leur efficacité. « C’est une stratégie qui pourrait transformer la prise en charge du mélanome uvéal », souligne Houda Tahiri.
Actuellement, les chercheuses et chercheurs travaillent à valider la stabilité et l’innocuité des nanoparticules pour une production à grande échelle, en vue d’essais cliniques. Une subvention du CRSNG et une collaboration avec une entreprise américaine soutiennent cette étape.
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