MONTRÉAL, le 5 août 2025 – Une nouvelle étude co-dirigée par Bidisha Chattopadhyaya et Graziella Di Cristo, chercheuse au Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine et professeure à l’Université de Montréal, révèle un tout nouveau mécanisme sous-jacent aux troubles cognitifs qui surviennent chez les enfants d’âge scolaire qui ont subi une hypoxie modérée, ou manque d’oxygène à la naissance. Car si certains d’entre eux développent une paralysie cérébrale ou un autre handicap majeur dès leur jeune âge, d'autres peuvent présenter des effets à long terme plus subtils, souvent non diagnostiqués et donc sans suivi médical.
En concertation avec des professionnelles et professionnels de la santé, le laboratoire de Graziella Di Cristo a mis en place une stratégie expérimentale visant à reproduire le phénomène d’hypoxie dans un modèle animal. L’objectif : comprendre comment et pourquoi une perte même modérée d’oxygène à ce moment critique qu’est la naissance peut perturber durablement le développement du cerveau. Les résultats ont révélé qu’une brève période d’hypoxie suffit à provoquer des déficits de mémoire et des troubles de la flexibilité cognitive, comparables à ceux observés chez les enfants d’âge scolaire. Or, cette flexibilité cognitive est essentielle au quotidien, notamment pour s’adapter à des changements imprévus ou à de nouvelles tâches. L’équipe de recherche a ensuite approfondi ses investigations pour comprendre les mécanismes sous-jacents à ces déficits.
Une piste moléculaire
L’étude a démontré que le manque d’oxygène modéré affecterait particulièrement le développement d’un sous-type de neurones, les interneurones GABAergiques à parvalbumine (PV), essentiels à l’apprentissage, la mémoire et la fonction cognitive. La perturbation de ses cellules a déjà été liée à de multiples conditions comme l’autisme et l’épilepsie. Après une restriction d’oxygène à la naissance, les interneurones PV demeuraient à un stade plus immature chez les adultes. « Alors que l’hypoxie représente habituellement un traumatisme général, ces effets spécifiques sur un sous-groupe d’interneurones représentent une piste de recherche centrale pour comprendre le développement de troubles cérébraux à long terme », explique Bidisha Chattopadhyaya, également première autrice de l’étude.
Grâce à l’utilisation de techniques d’analyse moléculaire, l’équipe, dont fait partie Maria Isabel Carreño-Muñoz (co-autrice), a identifié un récepteur clé, p75NTR, qui répond aux signaux neurotrophiques et joue un rôle essentiel dans la croissance et la communication cellulaires. Ce récepteur régule de nombreuses fonctions au cours des premières semaines de vie. Une privation d’oxygène à la naissance augmente l’expression de p75NTR, en particulier dans les interneurones PV, ce qui ralentit leur maturation et modifie la trajectoire de développement du cerveau. Cela pourrait expliquer certains déficits observés chez l’adulte.
Les chercheuses ont d’abord eu recours à une stratégie génétique pour diminuer précocement l’expression de p75NTR durant le développement cérébral, ce qui a permis de corriger à la fois les déficits de mémoire et les troubles cognitifs. De plus, un traitement d’une semaine avec un inhibiteur de p75NTR, immédiatement après un épisode d’hypoxie cérébrale, a permis de prévenir l’apparition de troubles cognitifs chez l’adulte. Ces découvertes soulèvent des pistes intéressantes pour améliorer la prise en charge précoce des enfants ayant subi une hypoxie modérée à la naissance, et ainsi potentiellement prévenir l’émergence de troubles cognitifs au cours de leur développement. « Bien que nous ne soyons pas encore à l’étape de la mise au point d’un traitement clinique, l’étude offre des pistes intéressantes pour orienter les recherches futures », affirme Graziella Di Cristo, directrice du laboratoire en circuits GABAergiques et troubles du neurodéveloppement. « Nos résultats suggèrent qu’un suivi plus étroit des enfants ayant vécu une hypoxie périnatale, tout au long de la petite enfance, permettrait de mieux cibler ceux qui pourraient bénéficier d’un soutien adapté dès l’âge scolaire. »

De gauche à droite : Maria Isabel Carreño-Muñoz (co-autrice), Graziella Di Cristo et Bidisha Chattopadhyaya devant le Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine. © CHU Sainte-Justine (Véronique Lavoie)