MONTRÉAL, le 18 août 2026 – Lorsqu’un enfant présente un déficit immunitaire, par exemple en raison d’un traitement ou d’une condition médicale, il peut être tentant de croire qu’il vaut mieux attendre le rétablissement de ses défenses immunitaires avant de le vacciner, surtout si sa capacité à produire des anticorps est réduite. Pourtant, une étude dirigée par la Dre Hélène Decaluwe, clinicienne-chercheuse en immunologie pédiatrique au Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine et professeure titulaire à l’Université de Montréal, apporte une réponse claire : même lorsque la réponse en anticorps est limitée, la vaccination est efficace puisqu’elle stimule un autre mécanisme de défense essentiel, porté par les lymphocytes T.
Quand les anticorps ne racontent pas toute l’histoire
L'équipe de recherche a suivi pendant 12 mois la réponse immunitaire de 27 enfants âgés de 5 à 11 ans présentant un déficit immunitaire humoral, une condition qui limite la capacité du corps à produire des anticorps, après avoir reçu le vaccin à ARN messager de Pfizer-BioNTech contre la COVID-19.
Chez les enfants présentant une forme légère du déficit immunitaire humoral, une troisième dose du vaccin permettait d’obtenir une production d’anticorps satisfaisante. En revanche, ceux atteints d’une forme sévère, caractérisé par l'absence de lymphocytes B, les cellules responsables de la production d'anticorps, en produisaient peu malgré cette dose vaccinale additionnelle.
Toutefois, l'étude révèle que les anticorps ne sont qu’une partie de l’équation en matière de protection vaccinale et qu’il existe un autre mécanisme susceptible de jouer un rôle déterminant chez ces enfants.
Les lymphocytes T jouent un rôle clé
L'étude révèle ainsi un constat particulièrement encourageant : malgré leur faible production d'anticorps, les enfants ayant un déficit immunitaire sévère développent une réponse robuste des lymphocytes T, des cellules immunitaires qui détruisent directement les cellules infectées sans passer par la production d’anticorps.
« Même après une troisième dose de vaccin, leur organisme produit peu d'anticorps capables de neutraliser efficacement le virus », explique Sabryna Nantel, étudiante au doctorat et première autrice de la publication. « Toutefois, la réponse des lymphocytes T est bien présente, ce qui suggère que la vaccination leur procure tout de même une protection importante, notamment contre les formes plus sévères de la maladie. »
Une protection concrète pour un groupe particulièrement vulnérable
L’équipe a également observé que les enfants vaccinés ayant contracté la COVID-19 au cours du suivi ont présenté peu ou pas de symptômes, malgré leur vulnérabilité immunitaire.
Les analyses sur les enfants ayant un déficit immunitaire sévère montrent que ceux qui présentaient la réponse des lymphocytes T la plus forte étaient aussi ceux qui avaient le moins de symptômes de COVID-19. Ces résultats suggèrent que les lymphocytes T contribuent de façon importante à protéger les enfants immunosupprimés lorsque la production d'anticorps est insuffisante.
Ainsi, même chez les enfants qui ne développent pas une forte réponse en anticorps, la vaccination demeure bénéfique puisqu'elle active d'autres mécanismes immunitaires capables de limiter les conséquences de l'infection.
Un message important pour les futures pandémies
Au-delà de la COVID-19, cette étude met en lumière un principe qui pourrait s'appliquer à d'autres infections virales. Les enfants présentant un déficit immunitaire ne devraient pas voir leur vaccination retardée ou annulée sous prétexte qu'ils risquent de produire moins d'anticorps. Les résultats suggèrent au contraire qu'ils devraient faire partie des groupes prioritaires à protéger le plus tôt possible.
« Ces résultats soulignent l'importance de vacciner rapidement tous les enfants, y compris ceux atteints d'un déficit immunitaire affectant les lymphocytes B, et de considérer la réponse des lymphocytes T lors de l'évaluation de l'efficacité vaccinale, conclut la Dre Decaluwe. Une meilleure compréhension de ces mécanismes permettra d'adapter les stratégies de vaccination aux besoins de cette population particulièrement vulnérable et d'améliorer sa protection contre les infections. »
À propos de l’étude
L’article « Preserved SARS-CoV-2 T-cell responses despite impaired humoral immunity in children with profound B-cell lymphopenia » est publié par Sabryna Nantel et coll. dans npj Vaccines.