Les études supérieures et la formation postdoctorale sont des périodes où l’on construit aussi bien une méthode de travail qu’une culture scientifique et un sens critique.
Au Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine, trois membres de la relève ont partagé ce qui, selon eux, les aident dans leur cheminement. Dès le début de la discussion, une idée s’impose : une mentore ou un mentor n’est pas toujours celle ou celui qui accompagne au quotidien. Et c’est parfaitement normal. Par exemple, une superviseure ou un superviseur ne peut combler à lui seul l’ensemble des besoins humains, scientifiques et professionnels qui jalonnent un parcours de recherche. C’est pourquoi le mentorat ne repose pas toujours sur une relation hiérarchique, mais aussi sur une dynamique d’appui qui façonne un parcours en recherche.
Une dynamique qui soutient la progression
Le parcours académique est souvent long et nécessite une haute capacité d’apprentissage, de résilience et d’adaptabilité. Les mentores et mentors deviennent alors des atouts indispensables pour les moments de remises en question et de doutes qui accompagnent les travaux de recherche en milieu académique. Chez Thomas Dupas, postdoctorant, cette attention se traduit par une disponibilité explicite et une écoute sans jugement. Il évoque notamment la posture de son mentor et superviseur lors d’une période personnelle exigeante. « Quand je lui ai dit que j’avais besoin de rentrer en France pendant un mois, il m’a simplement demandé si j’avais de quoi avancer sur mon projet. J’ai dit oui, et il m’a fait confiance. » Une confiance accompagnée d’une attention discrète : « Il prenait des nouvelles de moi, sans jamais être intrusif. Il gardait le lien. » Cette attention portée à la personne et pas seulement au projet devient le socle sur lequel la confiance mutuelle peut se construire.
Pour la relève, cette dynamique de soutien se manifeste également dans la façon d’analyser ensemble une problématique scientifique. Justine Gromaire, étudiante en thèse, en témoigne avec précision : « Quand ça ne va vraiment pas, une rencontre suffit parfois à tout débloquer. J’entre dans le bureau de mon superviseur avec l’impression d’être dans une impasse, et j’en ressors avec un nouvel élan et de nouvelles pistes à explorer. » Elle ne consiste ni à minimiser le découragement ni à surprotéger, mais plutôt à réorienter le regard vers ce qui se trouve devant soi. Quelles sont les questions de recherche auxquelles on veut répondre et est-ce qu'il y a d'autres moyens d'y répondre si ce qu'on fait en ce moment ne fonctionne pas. Thomas Dupas ajoute : « Lorsque j’agis moi-même comme mentor auprès d’étudiantes ou d’étudiants, j’essaie de laisser place à leurs questions, leurs doutes et parfois, leur découragement. Rappeler qu’il n’y a pas de question bête, c’est créer un espace où l’on peut nommer ce qui ne fonctionne pas, sans crainte d’être jugé ou diminué. Ensuite, on peut chercher ensemble des solutions. »
Pour nos membres de la relève, ces échanges ponctuels permettent de mieux comprendre la méthodologie expérimentale, qui s’appuie très souvent sur un modèle d’essai-erreur.
Multiplier les figures d’appui
Le mentorat ne se limite pas forcément à une relation unique au sein d’une même équipe. Selon les moments du parcours, différentes figures peuvent jouer des rôles complémentaires. Anaïs Defois, postdoctorante, souligne cette réalité : « On sait qu’une superviseure ou un superviseur peut ne pas être l’appui idéal pour tout le monde, pour différentes raisons. En partant de cette réalité, comme mentore, je veille simplement à reconnaître mes propres limites relationnelles et à orienter la personne vers d’autres appuis lorsque c’est plus approprié pour elle. ». Ce réseau peut parfois se construire à proximité, dans un laboratoire voisin, ou à travers des dispositifs plus formalisés comme le comité de parrainage à la maîtrise ou au doctorat, offert pour certains programmes de deuxième et troisième cycle à l’Université de Montréal. « Le comité de parrainage joue aussi un rôle important, souligne Justine Gromaire : avoir accès à d’autres professeures et professeurs, à d’autres points de vue, ça m’aide énormément. Ce sont aussi des personnes vers qui on peut revenir plus tard. » Ces comités permettent notamment d’offrir un espace sécurisant à l’étudiante ou l’étudiant pour discuter de son cheminement, de son projet, ou de toute autre inquiétude, avec des professeures et professeurs avec qui n’y a pas de lien hiérarchique. Si ces structures n’existent pas toujours au postdoctorat, le besoin de mentorat demeure, toutefois, tout aussi présent à cette étape du parcours, d’où l’importance de créer des liens avec des personnes de confiance.
Cultiver une culture de mentorat
Les échanges avec la relève rappellent que le mentorat ne repose pas uniquement sur des qualités individuelles des personnes mentores ou mentorées. Il s’inscrit dans une culture qui valorise l’accompagnement et reconnaît la diversité des parcours et des opportunités possibles. Donner voix à la relève, c’est rappeler que le mentorat se construit au quotidien, par des personnes de tout horizon, dans des rôles différents ; et ce, dans des pratiques accessibles qui nourrissent une recherche à la fois rigoureuse et profondément humaine.