MONTRÉAL, le 15 février 2026 – Cibler spécifiquement les cellules cancéreuses et les détruire sans endommager les cellules saines : telle est la promesse des nouvelles immunothérapies ultraciblées. Un enjeu majeur, alors que les traitements habituels de chimiothérapie s’accompagnent encore trop souvent d’importants effets secondaires à long terme, surtout chez les enfants.
Au cœur de cette promesse thérapeutique se trouve l’immunopeptidomique, une approche permettant d’identifier les petits fragments de protéines présentés au système immunitaire à la surface des cellules.
À l'Unité de recherche en hémato-immuno-oncologie Charle-Bruneau du Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine, les équipes d’Isabelle Sirois, responsable de la Plateforme de protéomique et d’immunopeptidomique, et de la Dre Sonia Cellot, hémato-oncologue pédiatrique et clinicienne-chercheuse, ont réalisé une avancée déterminante. Grâce à ProteoFusioNEO, un nouvel outil informatique développé au sein de la Plateforme, elles ont pu analyser les transcriptomes de plus de 5100 enfants atteints de divers cancers pédiatriques, ainsi que 935 lignées cellulaires. Leur étude révèle, pour la première fois, que les cellules cancéreuses peuvent exprimer à leur surface des néoantigènes, c’est-à-dire de petits fragments de protéines anormales issus de fusions de gènes. « Ces néoantigènes pourraient représenter des cibles idéales pour de futures immunothérapies ultraciblées », précise Isabelle Sirois.
Repérer les néoantigènes les plus prometteurs
Grâce à la spectrométrie de masse, une technique au coeur de la Plateforme, combinée aux outils informatiques développés durant l’étude et à des approches de validation expérimentale, les équipes ont pu prédire puis confirmer que les néoantigènes issus de fusions de gènes sont bel et bien exprimés à la surface des cellules cancéreuses.
Toutefois, tous les néoantigènes ne représentent pas le même potentiel thérapeutique. « Nous démontrons que les néoantigènes ne sont pas tous équivalents comme cibles, précise Isabelle Sirois. Certains se révèlent particulièrement intéressants : ils sont extrêmement spécifiques et distincts des peptides associés aux protéines normales de l’organisme. Ce sont donc des cibles de choix pour des immunothérapies de précision. »
Une voie prometteuse pour les traitements de demain
L’exploitation de ces nouvelles cibles ouvre la voie à une nouvelle génération de traitements personnalisés, à la fois plus efficaces et mieux tolérés. Ces approches pourraient s’appuyer sur deux stratégies complémentaires :
- des vaccins à ARN messager visant à entraîner la défense immunitaire à reconnaître les néoantigènes issus de fusions de gènes;
- des anticorps thérapeutiques capables soit de recruter les cellules tueuses du système immunitaire vers la tumeur, soit d’agir comme de véritables chevaux de Troie, en acheminant une chimiothérapie directement au cœur des cellules cancéreuses.
Dans tous les scénarios, les cellules saines sont davantage épargnées, ce qui permet de réduire substantiellement les effets secondaires à court, moyen et long terme.
« Cette percée illustre tout le potentiel de l’immunopeptidomique comme voie d’avenir en oncologie, conclut Isabelle Sirois. À mesure que ces technologies progressent, elles pourraient transformer en profondeur la prise en charge des cancers, en particulier chez l’enfant, en offrant des traitements davantage axés sur la précision et la qualité de vie de nos jeunes patientes et patients.

La responsable de plateforme Isabelle Sirois, à l'avant, avec les co-auteurs de l'étude - de gauche à droite : Zhaoguan Wu, Christopher Savoie et Marc-André Déry. © CHU Sainte-Justine (Véronique Lavoie)