Bien connue pour son rôle dans l’inflammation et déjà ciblée par plusieurs médicaments anti‑inflammatoires, la prostaglandine E2 (PGE₂) pourrait aussi jouer un rôle clé dans la réparation des muscles. Au Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte‑Justine, l’équipe du chercheur Nicolas Dumont, avec la contribution déterminante de Thomas Molina (alors doctorant), met en lumière un mécanisme pro‑inflammatoire clé capable de freiner la fibrose musculaire — un processus impliqué dans plusieurs maladies, dont la dystrophie musculaire de Duchenne.
Les travaux, publiés vendredi dernier dans la revue Cell Death & Differentiation, montrent en effet que la PGE₂ joue un rôle déterminant dans la réparation du tissu musculaire, notamment en contribuant à maintenir un équilibre entre la fibrose, ce tissu cicatriciel qui se forme après une lésion, et la régénération des tissus musculaires.
« Certaines composantes de l’inflammation sont indispensables à une bonne réparation des tissus », explique Nicolas Dumont, également professeur à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les cellules souches et les maladies neuromusculaires. « La PGE₂ en est un bon exemple : elle joue un rôle bénéfique en contrôlant les cellules qui pourraient autrement devenir problématiques. »
Des cellules utiles, mais dont l’activité doit être contrôlée
Pour comprendre comment la PGE₂ agit, l’équipe a observé les cellules sur lesquelles elle exerce ses effets, en particulier un type encore peu connu : les progéniteurs fibroadipogéniques, ou FAPs, qui contribuent à la réparation du muscle.
Leur activité doit être finement régulée. Lorsqu’elles s’accumulent ou deviennent trop actives, elles produisent une fibrose excessive.
Ces cellules constituent aussi la principale source de PGE₂ dans le muscle. Elles en produisent pour limiter leur propre prolifération et favoriser leur disparition au bon moment. La PGE₂ agit ainsi comme un frein naturel, empêchant une accumulation excessive de tissu fibreux.
« Ce qui est fascinant, c’est qu’une même molécule peut avoir des effets différents selon les cellules : elle soutient l’action des cellules responsables de la régénération du muscle, tout en freinant celles qui contribuent à la fibrose », souligne Thomas Molina.
Quand l’équilibre se dérègle
Ce rôle central de la PGE₂ devient particulièrement évident lorsque sa production est perturbée même en présence d’inflammation. C’est notamment le cas dans la dystrophie musculaire de Duchenne, une maladie dégénérative grave qui touche environ 1 garçon sur 4 000 et se caractérise par une perte de force musculaire graduelle et irréversible.
Résultat : les FAPs ne sont plus contrôlés efficacement, s’accumulent et produisent davantage de fibrose, contribuant à la détérioration progressive de la fonction musculaire.
Des pistes prometteuses
Ces résultats suggèrent que pour certaines maladies musculaires, au lieu de bloquer l’inflammation, il pourrait être plus efficace d’en moduler certains signaux clés, comme la PGE₂, afin d’en amplifier les effets bénéfiques au bon moment.
En mettant en lumière le rôle inattendu d’une molécule bien connue, cette étude rappelle que la réparation des tissus musculaires repose sur des équilibres subtils, dont la PGE₂ apparaît comme un régulateur central.

Photo (de gauche à droite) : Nicolas Dumont et Thomas Molina © CHU Sainte-Justine (Véronique Lavoie)