Depuis plus de dix ans, le Dr Prévost Jantchou s’investit pour ouvrir la voie aux personnes issues des communautés noires qui souhaitent mener des études en sciences ou dans des domaines hautement spécialisés. Constatant dès son arrivée au Québec la très faible représentativité des personnes noires en médecine — « trois étudiants noirs sur trois cents » — il travaille depuis à offrir des modèles visibles, un accompagnement structuré et un réseau de soutien, autant à travers son laboratoire de recherche du CHU Sainte‑Justine qu’à travers la Fondation Inspire qu’il a mise sur pied.
Le Dr Jantchou souhaite créer des conditions d’équité : offrir des occasions concrètes d’observation en milieu professionnel, permettre de s’initier à la recherche, soutenir la préparation aux entrevues ou encore rédiger des lettres de recommandation décisives. Ariane Manekeng Guimfack et Boris Djoukam Mbuko, aujourd’hui étudiants en médecine, ont pu bénéficier de cet accompagnement. Membres du laboratoire du Dr Prévost Jantchou, ils ont acquis des compétences scientifiques tout en découvrant les exigences des milieux académiques et cliniques.
Leurs parcours témoignent, chacun et chacune à leur manière, de la puissance de cet accompagnement qui nourrit l’ambition et permet de se projeter.
Dr Prévost Jantchou : Inspirer et ouvrir des portes
Pour le Dr Jantchou, être mentor signifie ouvrir des portes qui, autrement, resteraient hors de portée. Cela passe par de l’observation en milieu professionnel, des rencontres professionnelles, des possibilités de recherche, des lettres de recommandation, ou encore par la préparation aux entrevues.
Il observe des enjeux particuliers pour les jeunes issus des communautés noires : les obstacles financiers, le manque d’information, la pression familiale et le sentiment, encore fréquent, de ne pas être tout à fait légitimes dans des milieux où ils se voient rarement représentés. Pour lui, offrir un cadre bienveillant, structuré et exigeant est une façon très concrète de rétablir une certaine équité.
Ariane : Trouver sa place et oser
Ariane a découvert le mentorat dès le cégep, au moment où elle souhaitait trouver un stage de recherche pour l’été. Ce premier pas, posé avec appréhension, a changé sa trajectoire. Aujourd’hui, forte de ce qu’elle a reçu, Ariane accompagne à son tour les plus jeunes qui envisagent des études avancées.
Pour elle, la relation mentorale signifie avant tout accéder à des milieux dans lesquels elle n’aurait jamais imaginé pouvoir évoluer. Le mentorat lui a permis de renverser cette perception.
Grâce à son intégration en laboratoire et à l’accompagnement reçu, elle a découvert la recherche « de l’intérieur » : élaboration de protocoles, gestion de projets, expérimentation, compréhension du rythme et des codes d’un milieu très sélectif. « Voir quelqu’un qui me ressemble et qui réussit, ça donne la permission de se dire que moi aussi, j’ai ma place », dit‑elle.
Boris : Persévérer et redonner au suivant
Pour Boris, le mentorat a été un accélérateur de possibilités. Après quelques essais pour entrer en médecine, c’est l’accompagnement du Dr Jantchou qui l’a aidé à garder le cap. « La persévérance, c’est le conseil qui m’a guidé tout au long du parcours », résume‑t‑il. Son mentorat lui a permis de vivre des expériences formatrices : stages de recherche, journées d’observation en milieu clinique, participation à des congrès internationaux — dont une présentation orale en Autriche.
Comme Ariane, Boris est aujourd’hui engagé au sein de la Fondation Inspire, notamment dans l’affiliation des mentors et mentorés, et agit comme ressource pour les jeunes de son entourage qui visent un parcours similaire.
« Le Dr Jantchou nous rappelle souvent que la réussite ne se limite pas aux études : il faut aussi prendre soin de soi et nourrir d’autres passions. Son approche est vraiment holistique. » Au-delà des résultats, ce sont les compétences développées qui l’ont marqué : communication scientifique, leadership, engagement communautaire : « le mentorat, ce n’est pas juste recevoir — c’est apprendre à redonner ».
Le mentorat comme levier de justice sociale
À travers ces trois voix, une même évidence se dessine : le mentorat est un outil puissant d’équité, de diversité et d’inclusion. Pour les jeunes des communautés noires, notamment, le mentorat contribue à renforcer l’ambition et créer des chaînes de solidarité, essentielles pour transformer les systèmes de l’intérieur.
En soutenant la relève noire, des personnes comme le Dr Jantchou, Ariane et Boris contribuent à bâtir une communauté scientifique québécoise plus représentative, plus inclusive et plus riche de la diversité de ses talents. Le mentorat, dans ce contexte, n’est pas seulement un accompagnement : c’est un moyen de rééquilibrer les chances, de faire émerger de nouveaux leaders et de briser, peu à peu, les obstacles structurels qui persistent encore aujourd’hui.

Photo (de gauche à droite) : Dr Prévost Jantchou, Ariane Manekeng Guimfack et Boris Djoukam Mbuko © CHU Sainte‑Justine (Véronique Lavoie)