MONTRÉAL, le 10 mars 2026 — Depuis plus de 20 ans, la classification de Lenke, fondée sur des radiographies en deux dimensions (2D), constitue l’étalon‑or pour déterminer l’étendue de la chirurgie correctrice de la colonne vertébrale dans les cas de scolioses idiopathiques adolescentes. Bien qu’indispensable et largement adoptée, cette approche ne permet toutefois de saisir qu’une partie de la réalité clinique puisque la scoliose est une déformation tridimensionnelle. L’analyser uniquement en 2D revient à en observer une projection partielle, sans en capturer toute la complexité.
C’est pour répondre à cet enjeu qu’a été développée la classification 3D SRS–Lenke–Aubin, une nouvelle approche mise au point dans le cadre du SRS 3D Classification Taskforce coprésidé par le chercheur Carl-Éric Aubin (Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine) et le Dr Lawrence G. Lenke, créateur de la classification éponyme. Simple, pragmatique et conçue pour une application clinique concrète, cette nouvelle classification vise à offrir une représentation plus fidèle de la scoliose en tenant pleinement compte de sa nature tridimensionnelle.
La scoliose, une pathologie intrinsèquement 3D
La scoliose ne se limite pas à une courbure visible sur une radiographie de face. Elle se manifeste par une déformation complexe qui combine plusieurs types de déviations et altérations de la colonne, incluant des déformations et une rotation locale des vertèbres sur elles-mêmes. C’est cette dernière dimension rotatoire qui demeure difficile à intégrer efficacement dans les classifications utilisées en pratique clinique. Pourtant, celle-ci est déterminante pour caractériser la morphologie, l’évolution et la stratégie chirurgicale à privilégier.
Une classification 3D conçue pour la clinique
Pour répondre à ce besoin, les chercheurs ont proposé une classification tridimensionnelle qui s’appuie sur les fondements reconnus de la classification de Lenke, tout en y ajoutant des descripteurs 3D pertinents. Cette approche, qui se veut accessible et applicable dans les différents milieux, vise à soutenir la prise de décision clinique et la planification du traitement : « Notre objectif est de capturer l’essentiel de la déformation 3D sans compromettre la simplicité clinique, l’accessibilité aux mesures et la communication entre professionnelles et professionnels et l’enseignement », précise Carl-Éric Aubin, également professeur à Polytechnique Montréal et à l’Université de Montréal et directeur de l’Institut TransMedTech.
Un premier article publié en décembre dernier présentait cette nouvelle classification 3D et sa justification. Plus récemment, l’applicabilité de cette nouvelle classification a été évaluée à partir d’une cohorte de 285 adolescentes et adolescents opérés pour une scoliose idiopathique, dont la colonne vertébrale a été reconstruite en 3D. Les résultats, publiés dans Spine Deformity, confirment que les nouveaux descripteurs 3D apportent une information complémentaire et cliniquement pertinente, qui enrichit la compréhension de la scoliose au‑delà des mesures actuellement utilisées.
En proposant une lecture véritablement tridimensionnelle de la scoliose, la classification SRS–Lenke–Aubin invite à changer de perspective : voir la déformation de manière plus précise pour mieux guider les décisions cliniques et adapter les traitements à chaque colonne vertébrale. Pour les adolescentes et adolescents concernés, les retombées potentielles sont significatives: des corrections chirurgicales plus équilibrées, une silhouette dorsale plus harmonieuse, mais surtout, la promesse d’une meilleure qualité de vie.
À propos des articles
Les deux articles sont publiés par Carl-Éric Aubin et coll. dans Spine Deformity :