MONTRÉAL, le 22 septembre 2026 - Une équipe du Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine vient de franchir une étape importante dans la compréhension d’une forme rare et sévère d’encéphalopathie génétique associée à une mutation du gène DHDDS. En développant le premier modèle murin reproduisant fidèlement une des formes de la maladie humaine, le chercheur Alexey Pshezhetsky et la Dre Elsa Rossignol mettent à la disposition de la communauté scientifique un outil sans précédent pour explorer les mécanismes biologiques de cette maladie neurodéveloppementale et accélérer la mise au point de nouvelles approches thérapeutiques.
De la découverte des premiers cas à la compréhension de la maladie
Cette encéphalopathie se manifeste dès la petite enfance par un retard cognitif, des crises d’épilepsie, des mouvements involontaires et des troubles de la coordination qui s’aggravent progressivement.
« Nous avons identifié les premières personnes atteintes de cette maladie ici, au CHU Sainte-Justine, il y a une dizaine d’années, mais nous en connaissions alors très peu sur les mécanismes sous-jacents et sur sa fréquence réelle, explique Alexey Pshezhetsky, également professeur titulaire au département de pédiatrie de l’Université de Montréal. Aujourd’hui, environ 200 personnes touchées ont été recensées dans le monde. Malgré ces avancées, les processus cellulaires et moléculaires à l’origine de la maladie demeuraient largement méconnus. »
Grâce à un modèle murin unique au monde, développé en collaboration avec des chercheuses et chercheurs du Québec et de l’international, l’équipe a pu suivre avec une précision exceptionnelle les effets d’une des mutations responsables de la maladie, depuis ses conséquences moléculaires jusqu’à ses manifestations neurologiques. En combinant des approches de génétique, de biochimie, de protéomique et de lipidomique, l’étude a permis de brosser un portrait détaillé des perturbations qui affectent le système nerveux central. Les travaux révèlent notamment comment un défaut dans la production de molécules essentielles à la glycosylation des protéines entraîne des altérations des circuits neuronaux dans le cerveau, associées aux crises épileptiques, mais aussi aux troubles du mouvement et aux déficits cognitifs.
Un outil pour mieux comprendre et mieux traiter
Au-delà de la caractérisation fine de cette maladie rare, l’étude établit pour la première fois un lien direct entre une mutation génétique, les anomalies moléculaires observées dans le cerveau et les symptômes neurologiques qui en découlent.
Le modèle offre en outre une plateforme sans précédent pour évaluer de futures thérapies ciblées, notamment le repositionnement de médicaments déjà utilisés pour traiter d’autres maladies. Ainsi, l’équipe a démontré qu’un médicament déjà utilisé chez certaines patientes et patients atteints de maladies neurologiques génétiques, l’acétazolamide, réduisait la susceptibilité aux crises épileptiques dans leur modèle expérimental. Néanmoins, des études réalisées sur des neurones dérivés de cellules de patientes et patients ainsi que des études cliniques seront nécessaires pour valider le potentiel des approches thérapeutiques envisagées.
Dix ans après l'identification des premiers cas à Santé Québec - CHU Sainte-Justine, cette étude marque une étape déterminante vers une meilleure compréhension, un accompagnement plus éclairé et, ultimement, le développement de traitements ciblés pour les personnes touchées.