
De gauche à droite : Morgan Craig, Élodie Portales-Casamar et Catherine Boileau. (Véronique Lavoie)
À l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, le CHU Sainte-Justine et son Centre de recherche mettent en lumière trois femmes en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM) dont les parcours illustrent une conviction forte : la science progresse durablement lorsqu’elle est portée par la collaboration, une mission porteuse de sens et une diversité de perspectives.
Catherine Boileau, épidémiologiste et coordinatrice de l'UnIC, Morgan Craig, professeure agrégée et chercheuse en modélisation mathématique en immunologie et Élodie Portales-Casamar, professeure agrégée de clinique et directrice à la gestion des données et infrastructures informatiques incarnent trois approches complémentaires de faire avancer la science et une façon profondément performante d’exercer un leadership scientifique : guidé par la rigueur, la bienveillance et l’impact social.
L’impact social comme mission et vocation
Le parcours de Catherine Boileau est marqué par des choix assumés et une vision élargie de la santé. Après des études en sciences biomédicales, un séjour en Afrique de l’ Est, en plein contexte de VIH, transforme profondément son regard. « Travailler avec très peu de moyens, auprès de populations vulnérables, m’a fait réaliser que la santé ne se comprend pas uniquement en laboratoire. Il y a toute une dimension sociale qu’on ne peut ignorer. » De l’immunologie à l’épidémiologie, puis à la structuration de grandes plateformes de données populationnelles comme CARTaGENE, elle choisit une posture singulière : mettre la science en capacité d’agir et au service d’une mission à grande échelle.
Son rôle dépasse aussi le champ de la recherche : elle collabore avec la Direction de la qualité, de l’évaluation, de la performance et de l’éthique (DQEPE) afin de valoriser les données pour soutenir l’amélioration continue de la qualité des soins, la performance et la prise de décision clinique.
« Je n’ai jamais voulu me sur-spécialiser. Ce qui m’intéresse, c’est de travailler au service de la science, de créer des outils qui permettent aux autres d’aller plus vite et plus loin. »
Catherine Boileau souligne aussi le rôle déterminant de ses mentores, et nomme en particulier Isabelle Fortier, qui lui a accordé sa confiance très tôt dans son parcours. « Elle a mis les pions à la bonne place, puis elle m’a laissé jouer », résume-t-elle, reconnaissante de l’espace et de l’autonomie qu’on lui a donnés dès le départ. Elle ajoute que c’est aussi grâce à cette confiance, et à cette capacité de la “nommer” au bon moment, qu’elle a pu saisir des occasions structurantes, notamment celles qui l’ont menée vers l’UnIC.
Le rôle des modèles visibles
Originaire du Manitoba, Morgan Craig n’avait pas tracé de plan de carrière précis. Elle pensait d’abord enseigner, avant de découvrir la recherche presque par hasard. Ce sont les mathématiques appliquées, puis la pharmacie et l’immunologie, qui l’amènent à développer des modèles mathématiques ancrés dans la biologie humaine. « Tout ce que l’on fait au laboratoire part de mécanismes biologiques réels. Les mathématiques nous permettent de représenter cette complexité et de comprendre pourquoi une infection est plus sévère chez certains enfants que chez d’autres. »
« Être ici, dans un centre de recherche pédiatrique, donne un sens très concret à ce que l’on fait. La mission est omniprésente. Elle nous rappelle chaque jour pourquoi on pose ces questions scientifiques. »
Ayant été entourée de femmes mentores tout au long de son parcours, elle souligne l’importance des modèles visibles. « Voir des femmes occuper ces rôles m’a permis de me projeter. On ne se demande plus si c’est possible, on avance. »
Relier les expertises par les données dans des milieux diversifiés
Formée en neurobiologie, Élodie Portales -Casamar se tourne vers la bio-informatique dès les débuts du séquençage du génome, attirée par le potentiel des données à grande échelle. De l’hôpital pour enfants à Vancouver au CHU Sainte-Justine, elle contribue à bâtir des infrastructures et des pratiques qui permettent d’intégrer, sécuriser et valoriser des données hétérogènes au service de la recherche clinique. « Je me suis rapidement reconnue dans un rôle d’interface : faire le pont entre les disciplines. Traduire les besoins, créer du lien, permettre aux équipes de travailler ensemble. »
Elle insiste sur la force des environnements où l’on avance sans compétition individuelle. « J’ai évolué dans des équipes où l’on construisait ensemble plutôt que de se comparer. Cette bienveillance permet de poser des questions, de prendre des risques et de développer des solutions solides sans craindre d’être constamment évaluée. » Elle cite comme mentor déterminant Wyeth Wasserman, qui l’a recrutée en bio-informatique alors qu’elle partait de zéro, dans un laboratoire où la diversité des profils est une stratégie assumée. Cet esprit d’équipe l’a menée vers des rôles de leadership en gestion de plateformes et d’infrastructures de données, avec une approche fondée sur l’empathie et la mise en valeur des autres. Pour elle, la pédiatrie rend cette logique incontournable : populations rares, collaboration nécessaire, expertises à relier. « On n’a pas le choix de travailler en réseau, et c’est précisément ce qui rend ces environnements si propices à l’innovation. »
Des environnements qui font la différence
Ces trajectoires montrent qu’il existe une diversité de façon d’être scientifique. La réussite s’ancre dans des environnements où la mission est partagée, la collaboration valorisée et la bienveillance reconnue comme un levier durable de performance.
Au CHU Sainte-Justine et au cœur même de son Centre de recherche, ces conditions permettent aux femmes en STIM d’exercer leur expertise, d’assumer des rôles de leadership et de devenir, à leur tour, des modèles pour la relève. En cette Journée internationale des femmes et des filles de science, ces voix rappellent une chose essentielle : c’est la pluralité des parcours et des regards qui fait avancer la recherche en santé mère-enfant, au bénéfice des enfants, des familles et de la société.