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mardi 12 juin 2018

Le cannabis et la vulnérabilité à la psychose

Une étude menée auprès de jeunes Canadiens par une équipe de recherche du CHU Sainte-Justine confirme que la consommation de cannabis précède et permet de prédire l’apparition de symptômes psychotiques

MONTRÉAL, 12 juin 2018 – Le lien existant entre la consommation de cannabis et la psychose a déjà été démontré dans d’autres études, mais peu d’entre elles ont pu établir qu’une telle consommation a un effet causal sur les symptômes de santé mentale. Des chercheurs au CHU Sainte-Justine et à l’Université de Montréal ont fait appel à un échantillon longitudinal unique d’étudiants montréalais de niveau secondaire pour étudier le sens de la relation existant entre ces deux problèmes de santé. Grâce à un modèle statistique perfectionné, ils ont réussi à prouver pour la toute première fois que le début ou l’augmentation de la consommation de cannabis au cours d’une année donnée à l’adolescence devançait l’augmentation des symptômes psychotiques au cours de la même année ou de l’année suivante. Une telle relation ne peut être expliquée par une vulnérabilité préexistante qui serait commune à la consommation de cannabis et aux symptômes psychotiques. Les résultats de cette étude ont été publiés aujourd’hui dans la revue scientifique JAMA Psychiatry.

«Ces découvertes sont inédites puisqu’elles établissent que le lien entre le cannabis et la vulnérabilité à la psychose peut être observé au niveau de la population, a déclaré l’auteure principale de l’étude, Patricia Conrod, PhD, chercheure au CHU Sainte-Justine et professeure au Département de psychiatrie de l’Université de Montréal. Nombreux sont les gens qui croient que le cannabis peut déclencher des symptômes psychotiques uniquement chez les individus à risque, mais cette étude remet cette croyance en question.»

Josiane Bourque, première auteure de l’étude et étudiante au doctorat à l’Université de Montréal, a procédé à cette analyse dans le cadre de sa thèse. «Il est difficile de prouver la causalité entre deux événements dans le cadre d’une étude sur les humains étant donné que les devis expérimentaux ne peuvent pas être utilisés pour tester les effets du cannabis sur les problèmes de santé mentale. Par conséquent, nous avons eu recours à des données observationnelles longitudinales et à un modèle statistique qui nous ont permis de dissocier les changements observés dans la trajectoire individuelle d’une personne des différences globales entre les individus. Nos analyses ont démontré que la consommation de cannabis précédait toujours l’augmentation des symptômes psychotiques, mais que les symptômes psychotiques devançaient rarement l’augmentation de la consommation de cannabis.» Les auteurs ont ainsi conclu que ces découvertes étaient cohérentes avec une hypothèse causale.

Et ensuite?

Pour toute année donnée, environ 26 à 36% des jeunes nord-américains âgés de 15 à 24 ans affirment avoir consommé du cannabis au courant des 12 derniers mois. «Ces découvertes ont d’importantes répercussions sur la santé publique puisque cela signifie qu’une grande partie des jeunes s’exposent à un risque marqué tout en ignorant possiblement tout de ce risque, déclare Patricia Conrod. La prévention de la consommation de cannabis chez les jeunes doit être une priorité pour les gouvernements responsables de la réglementation en la matière.»

«Bien que nous ayons démontré uniquement les effets sur les symptômes psychotiques, et non sur la transition vers des conditions psychiatriques sévères, les symptômes psychotiques marqués et persistants sont associés à un risque accru de troubles psychotiques comme les crises psychotiques aiguës, les troubles bipolaires et la schizophrénie, explique Josiane Bourque. Ces découvertes pourraient suggérer que la prévention efficace de la consommation de cannabis aurait le potentiel de réduire le risque d’émergence de troubles de santé mentale majeurs au sein de la population, mais une telle possibilité doit faire l’objet de recherches plus poussées.»

Patricia Conrod fait toutefois preuve d’optimisme à propos d’un point: les programmes de prévention scolaires peuvent se révéler efficaces pour retarder ou réduire la consommation de cannabis chez les jeunes. «Il est maintenant essentiel de mettre au point des stratégies efficaces afin d’aider les professionnels de l’éducation et de la santé à mettre en œuvre et maintenir des programmes de prévention de la consommation du cannabis basés sur des preuves scientifiques au sein de leurs collectivités.»

Une vaste cohorte de jeunes provenant de Montréal

Les résultats de cette étude sont fondés sur le projet Co-Venture financé par les IRSC qui porte sur environ 4 000 adolescents de 13 ans. Cet échantillon inclut 76% de tous les étudiants de secondaire 1 en 2012-2013 issus de 31 écoles secondaires de la région métropolitaine de Montréal, ce qui représente 15% de toutes les écoles secondaires de la région et de chacune de leurs commissions scolaires respectives en fait de taille et de données sociodémographiques. Ces jeunes ont fait l’objet d’un suivi annuel du secondaire 1 au secondaire 5. Chaque année, ils ont rempli un questionnaire électronique visant à évaluer leur consommation de drogues et leurs symptômes psychotiques.

Pour procéder à cette étude, les membres de l’équipe de recherche ont d’abord tenu compte des liens existant entre la tendance générale à être un consommateur de cannabis pendant l’adolescence et à manifester des symptômes psychotiques. Ils se sont ensuite penchés sur la manière dont une augmentation de la consommation de cannabis d’un individu (ou de la manifestation des symptômes psychotiques) précédait et permettait de prédire toute augmentation de la manifestation des symptômes psychotiques (ou de la consommation de cannabis). Le diagramme suivant permet de mieux comprendre la stratégie analytique utilisée :

SP: symptômes psychotiques
CAN: consommation de cannabis
Les nombres désignent l’âge

À propos de cette étude

BOURQUE, Josiane, M.H., Afzali, P.J., Conrod. «Association of cannabis use and adolescent psychotic symptoms», Journal of the American Medical Association – Psychiatry, 6 juin 2018. La première auteure est Josiane Bourque, étudiante au doctorat, sous la supervision de Patricia Conrod. L’auteure principale est Patricia Conrod, Ph. D., chercheure et directrice du laboratoire Venture au CHU Sainte-Justine, professeure titulaire au Département de psychiatrie de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire Dr Julien/Fondation Marcelle et Jean Coutu en pédiatrie sociale en communauté de l’Université de Montréal.

La présente étude a été financée grâce à une bourse de doctorat remise à Josiane Bourque par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), à une bourse de chercheurs seniors remise à Patricia Conrod par le Fonds de recherche du Québec – Santé et à deux subventions accordées à Patricia Conrod et à ses co-chercheurs par les IRSC (FRN114887 et SHI155406).

À propos du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine

Le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine est un établissement phare en recherche mère-enfant affilié à l’Université de Montréal. Axé sur la découverte de moyens de prévention innovants, de traitements moins intrusifs et plus rapides et d’avenues prometteuses de médecine personnalisée, il réunit plus de 200 chercheurs, dont plus de 90 chercheurs cliniciens, ainsi que 450 étudiants de cycles supérieurs et postdoctorants. Le centre est partie intégrante du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, le plus grand centre mère-enfant au Canada et le deuxième centre pédiatrique en importance en Amérique du Nord. Détails au recherche.chusj.org

Source
CHU Sainte-Justine
Renseignements

Source :
Maude Hoffmann
Communications, Centre de recherche du CHU Sainte-Justine
communications@recherche-ste-justine.qc.ca

Personne-ressource auprès des médias :
Chantale Laberge
CHU Sainte-Justine
514-345-4931, poste 2746
chantale.laberge.hsj@ssss.gouv.qc.ca

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Mise à jour le 12 juin 2018
Créée le 12 juin 2018
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