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Centre de recherche
vendredi 6 avril 2018
Communiqué de presse

Comprendre les effets du vieillissement de la population sur la dynamique de transmission de la tuberculose

Les travaux, sous la direction de chercheurs de l’Université de Saragosse et du CHU Sainte-Justine de Montréal, présentent un nouveau modèle de la propagation de la tuberculose qui contribue à comprendre les conséquences du vieillissement de la population et des caractéristiques de contact entre les personnes sur la dynamique de transmission de la tuberculose.

Le principal résultat de l’étude, qui aura d’importantes implications en ce qui a trait à la conception d’interventions optimales sur le plan épidémiologique et que les démarches précédentes n’avaient pas réussi à mettre en lumière, est que le vieillissement de la population amplifie la transmission de la TB. Au cours des prochaines décennies, cela pourrait se traduire par des taux mondiaux de tuberculose supérieurs aux estimations précédemment acceptées.

MONTREAL, le 6 avril 2018 – Malgré une incidence réduite dans le monde développé contemporain, la tuberculose (TB) représente toujours un grave problème de santé publique à l’échelle mondiale. L’Organisation mondiale de la santé, qui organise tous les 24 mars la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, estime que cette maladie contagieuse d’origine bactérienne a été responsable de plus de 1,5 million de décès à l’échelle internationale en 2016. Ces décès fortement étaient concentrés dans les pays en développement, et la situation a été nettement aggravée par l’émergence de souches multirésistantes. De tels chiffres placent la TB parmi les maladies contagieuses les plus meurtrières aujourd’hui, comme c'est le cas du SIDA et de la malaria. L’OMS a donc fait de l’éradication de la TB un objectif prioritaire à atteindre au cours des prochaines décennies, ce qui alimente les efforts déployés dans une communauté de chercheurs active qui est axée sur la création de nouvelles interventions pour lutter contre la maladie. Cela comprend l’exploration de nouveaux outils diagnostiques, le développement d’antibiotiques et de mesures prophylactiques visant à éviter que les personnes infectées passent à la forme active de la maladie et, en premier lieu, le développement de nouveaux vaccins dont l’efficacité serait supérieure à celle du vaccin BCG qui est utilisé à l’heure actuelle.

Le développement de ces nouvelles interventions contre la maladie est toutefois entravé par une série de particularités qui font de la TB non seulement l’une des maladies contagieuses les plus mortelles, mais également l’une de celles qui sont les plus difficiles à comprendre et à combattre. Nos connaissances actuelles sur les mécanismes qui définissent la capacité du système immunitaire humain de réagir à l’agent pathogène de la TB sont remarquablement minces, ce qui rend difficile la tâche d’estimer le potentiel de ces nouvelles interventions à l’aide d’expériences réalisées en laboratoire. Cela force les chercheurs à concevoir des essais cliniques faisant appel à d’importantes cohortes de participants dans des pays où le fardeau de la maladie est lourd en vue d’obtenir des estimations de l’efficacité potentielle de leurs interventions, et à utiliser des modèles mathématiques de propagation de la TB pour interpréter et extrapoler les résultats des essais en question. Dans ce contexte, il est essentiel de combiner des disciplines aussi disparates que l’immunologie, la microbiologie, l’épidémiologie et les sciences de la complexité pour générer des modèles qui sont en mesure de produire des prévisions des impacts et des évaluations de l’efficience économique des nouvelles interventions épidémiologiques.

Ces modèles mathématiques de la propagation de la maladie doivent tenir compte de données géodémographiques, épidémiologiques et sociologiques afin de simuler la dynamique de transmission de l’agent pathogène de la TB dans les populations humaines. Il faut avouer qu’une telle tâche engendre elle-même des problèmes supplémentaires. Selon un point de vue paradigmatique, même si on reconnaît que la TB est une maladie qui est fortement déterminée par l’âge, il est pour l’instant difficile d’établir comment les épidémies de TB réagiront, dans les prochaines décennies, au vieillissement généralisé qui caractérise les populations humaines à l’échelle planétaire. Cette situation s’explique en partie par les limites des modèles de propagation actuels en ce qui a trait à décrire les relations entre la situation démographique et la transmission de la TB. Plus précisément, les modèles épidémiologiques classiques de la TB, dont l’objectif est de produire des prévisions à l’échelle supranationale, présument des structures démographiques statiques et présument également que les interactions entre les personnes qui entraînent la propagation de l’agent pathogène ont lieu de façon homogène au sein de toutes les tranches d’âge.

Dans une nouvelle publication de S. Arregui et collègues cette semaine dans Proceedings of the Natural Academy of Sciences (PNAS), des chercheurs de l’Université de Saragosse (Espagne) et du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine (Montréal, Canada) ont présenté un modèle épidémiologique inédit de transmission de la TB qui remet en question ces présomptions simplificatrices en incorporant des données empiriques. Les auteurs intègrent également des perspectives démographiques empiriques par pays dans leur modèle de TB afin d’élucider une question qui a jusqu’ici bafoué les modélisateurs de la TB : quelles sont les conséquences du vieillissement de la population sur l’évolution des épidémies de TB? En revanche, les chercheurs ont incorporé à leur formalisme des données récentes issues d’enquêtes portant sur les caractéristiques de contact au sein des diverses tranches d’âge afin de reproduire, pour la toute première fois, les efforts déployés pour d’autres maladies respiratoires contagieuses comme la grippe dont les répercussions ont été remarquables. Selon leurs résultats, le fait d’incorporer le vieillissement des populations dans les modèles de TB actuels engendre une hausse troublante du fardeau prévu de la maladie pour les prochaines décennies, et plus particulièrement dans les pays où le vieillissement est le plus accentué, ce qui a eu pour effet de réduire le rythme de résorption de l’épidémie durant les dernières décennies. Selon cette perspective, les améliorations sur les plans socioéconomique et de santé publique qui ont rendu possible le récent recul de la TB à l’échelle mondiale auraient besoin d’être intensifiées dans de nombreux pays pour qu’il soit possible de viser l’objectif de l’éradication de la TB avant 2050, en parallèle avec la poursuite du vieillissement de la population mondiale.

De plus, Arregui et ses collègues ont quantifié dans le cadre de leurs travaux la façon dont la distribution de la contagion parmi les tranches d’âge définies dans les modèles de transmission est remodelée en profondeur quand on substitue à la présomption de l’homogénéité des contacts l’intégration de données empiriques sur les caractéristiques de contact liées aux tranches d’âge. Ces résultats sont d’une pertinence incontestable en ce qui a trait à l’évaluation de toute intervention épidémiologique axée sur une tranche d’âge en particulier, comme un vaccin inédit qui ciblerait les adolescents. En fait, l’évaluation de l’impact de nouveaux vaccins est la principale application prévue du modèle présenté, ce qui constituera un précieux outil pour explorer et comparer divers vaccins et campagnes d’immunisation durant de nombreuses années. Certains des coauteurs de l’étude contribuent actuellement au développement du MTBVAC, le premier vaccin candidat inédit basé sur une souche atténuée de l’agent pathogène de la TB, qui en est à la phase d’essais cliniques sur l’humain. Une fois conclus ces essais ainsi que des essais d’autres équipes travaillant sur des vaccins éventuels, le modèle présenté ici sera extrêmement utile pour prédire et comparer les conséquences attendues.

À propos de l’étude

L’article intitulé « Data-driven model for the assessment of Mycobacterium tuberculosis transmission in evolving demographic structures » a été publié en ligne dans l’édition de mars 2018 de Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS). Ces travaux ont été rendus possibles par une collaboration entre le Group of Complex Systems and Networks (COSNET) dirigé par le professeur Yamir Moreno, le Group of Mycobacterial genetics dirigé par le professeur Carlos Martín, tous deux à l’Université de Saragosse en Espagne et le docteur Joaquín Sanz, Banting postdoctoral fellow actuellement établi au laboratoire d’immunogénomique dirigé par le docteur L. Barreiro au Chu Sainte-Justine à Montréal, au Canada.

Référence :

Arregui, S., Iglesias, M. J., Samper, S., Marinova, D., Martin, C., Sanz, J., & Moreno, Y. (2018). Data-driven model for the assessment of Mycobacterium tuberculosis transmission in evolving demographic structures. Proceedings of the National Academy of Sciences, 201720606. Proceedings of the National Academy of Sciences115(14), E3238–E3245.

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À propos du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine

Le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine est un établissement phare en recherche mère-enfant affilié à l’Université de Montréal. Axé sur la découverte de moyens de prévention innovants, de traitements moins intrusifs et plus rapides et d’avenues prometteuses de médecine personnalisée, il réunit plus de 200 chercheurs, dont plus de 90 chercheurs cliniciens, ainsi que 450 étudiants de cycles supérieurs et postdoctorants. Le centre est partie intégrante du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, le plus grand centre mère-enfant au Canada et le deuxième centre pédiatrique en importance en Amérique du Nord. Détails au recherche.chusj.org

Source
CHU Sainte-Justine
Renseignements

Source :
Maude Hoffmann
Communications, Centre de recherche du CHU Sainte-Justine
communications@recherche-ste-justine.qc.ca

 

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Mise à jour le 6 avril 2018
Créée le 6 avril 2018
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