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lundi 15 juillet 2019

Les habitudes d’utilisation des médias sociaux et de la télévision, facteurs menant à la dépression à l’adolescence

MONTRÉAL, le 15 juillet 2019 - Une nouvelle étude menée par une équipe de scientifiques du CHU Sainte-Justine a montré que l’utilisation des médias sociaux et la consommation télévisuelle sont liées à une augmentation de la dépression chez les adolescents.

L’augmentation de la fréquence d’utilisation des médias sociaux et de la télévision par les adolescents peut entraîner une recrudescence des symptômes de dépression.

L’étude, publiée le 15 juillet dans la revue scientifique JAMA Pediatrics, a montré que ceux qui passent du temps sur les médias sociaux et devant la télévision à une fréquence supérieure à la moyenne durant une période de quatre ans risquent d’avoir des symptômes plus graves de dépression au cours de cette même période. En plus du fait qu’on associe généralement une certaine vulnérabilité à ces deux types de comportements, l’étude a montré que si un adolescent passe beaucoup plus de temps sur les médias sociaux et devant la télévision que sa moyenne d’utilisation au cours d’une année donnée, ses symptômes de dépression augmentent également durant cette même année. Par conséquent, plus les adolescents passent du temps sur les médias sociaux et devant la télévision, plus leurs symptômes de dépression s’aggravent.

Les activités telles que les jeux vidéo et l’utilisation de l’ordinateur pour naviguer sur Internet pratiquées au-delà de la moyenne ont également été incluses dans l’étude, mais aucun lien avec une augmentation des cas de dépression durant l’adolescence n’a été établi.

L’étude a testé trois hypothèses explicatives : le déplacement, la comparaison sociale ascendante et les spirales qui se renforcent. Les données provenant des adolescents semblent correspondre à ces deux dernières hypothèses : rien n’y indique que le temps passé devant l’écran a une incidence sur la dépression chez les adolescents en raison de la réduction de leurs activités physiques, mais tout porte à croire que l’interaction dans les médias qui ont plus tendance à encourager les comparaisons sociales ascendantes est plus particulièrement associée à une diminution de l’estime de soi, ce qui explique donc l’augmentation des symptômes de dépression.

L’étude a également permis de constater que les médias sociaux, mais pas les autres activités à l’écran, pourraient favoriser encore plus les symptômes de dépression chez ceux qui en souffrent déjà, à l’image de spirales qui se renforcent.

Ces résultats concordent avec les hypothèses antérieures sur la façon dont la dépression se développe. «Les médias sociaux et la télévision semblent être des modes de communication qui exposent fréquemment les adolescents à l’image d’autres qui vivent des situations plus positives que les leurs, par exemple des adolescents au corps parfait et dont le style de vie est plus palpitant. De plus, selon la théorie des spirales qui se renforcent, les gens recherchent et sélectionnent des informations en harmonie avec leur état d’esprit actuel. Les caractéristiques algorithmiques de la consommation télévisuelle et, en particulier, de la présence sur les médias sociaux créent et entretiennent une sorte de cercle vicieux en suggérant un contenu similaire aux utilisateurs en fonction de leur comportement de recherche et de sélection antérieur. Ainsi, plus l’état dépressif d’une personne influence ses choix de visionnement, plus le contenu proposé et fourni est similaire, et plus il est probable qu’elle sera continuellement exposée à un tel contenu, ce qui maintiendra et renforcera la dépression», explique l’auteur principal de l’étude, Elroy Boers, chercheur postdoctoral au Département de psychiatrie de l’Université de Montréal.

Cette étude pourrait avoir une incidence importante sur la façon dont les jeunes et les familles choisiront de réglementer le temps passé à l’écran numérique afin de prévenir et de réduire les symptômes de la dépression. «Nombreux sont ceux qui imputent l’augmentation des taux de dépression chez les jeunes en Amérique du Nord à l’introduction récente des appareils numériques mobiles dans notre société. Les résultats de l’étude indiquent que l’utilisation des médias sociaux et la consommation télévisuelle sont des facteurs importants pouvant mener les adolescents à la dépression. Bien que nos résultats soient fondés sur un concept de recherche axée sur l’observation, la nature de l’approche statistique que nous avons utilisée pour tester les liens de causalité possibles a été rigoureusement contrôlée afin de déceler toute vulnérabilité sous-jacente commune potentielle à des niveaux élevés de temps de dépistage et de dépression. De plus, les effets pourraient être expliqués par des analyses de médiation, ce qui vient étayer une hypothèse de causalité. Néanmoins, d’autres recherches sont nécessaires, dont des recherches expérimentales, pour confirmer que l’exposition aux médias sociaux entraîne des taux élevés de dépression chez les jeunes», a déclaré la Pre Patricia Conrod, auteure principale et professeure de psychiatrie à l’Université de Montréal et chercheure au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine. 

Lien entre le temps passé devant un écran et la dépression

La Pre Conrod a suivi près de 4000 adolescents canadiens âgés de 12 à 16 ans qui ont participé au projet CoVenture. Des jeunes de chaque niveau de l’école secondaire devaient faire une auto-évaluation de leur temps passé devant des écrans numériques et déclarer le temps qu’ils consacraient à quatre différents types d’activités à l’écran (médias sociaux, télévision, jeux vidéo et ordinateur).

De plus, les adolescents ont rempli des questionnaires d’auto-évaluation concernant divers symptômes dépressifs entre 12 et 16 ans. Ensuite, après la collecte des données, des analyses statistiques très poussées ont été effectuées afin d’estimer les associations entre le temps passé devant les écrans et la dépression à l’adolescence. Ces analyses complètent les analyses standard en modélisant les changements d’une année à l’autre des deux types de comportements, ce qui permet de tenir compte d’une possible vulnérabilité et d’éventuels changements naturels du développement dans chaque type de comportement ou de symptômes.

«Nos recherches révèlent qu’une augmentation du temps passé à utiliser certaines formes de médias numériques au cours d’une année donnée est associée à une augmentation des symptômes de dépression durant cette même année». Cette conclusion est extrêmement intéressante dans une optique de prévention. «La détection précoce de la vulnérabilité à la dépression donne aux médecins et aux parents un grand laps de temps pour intervenir, par exemple, en ajustant le temps d’utilisation des médias sociaux et de la télévision par les adolescents», a déclaré la Pre Conrod.

La Pre Conrod et ses collègues espèrent que cette étude aidera à orienter la conception de nouvelles stratégies d’intervention à l’intention des jeunes à risque, avant que les symptômes ne deviennent cliniquement visibles.

Financement de l’étude

Le Elroy Boers a été financé par une bourse postdoctorale grâce à une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada et ERANET NEURON (A-Brain), et la Pre Patricia Conrod a été financée par une chaire de recherche du Canada de niveau 1. Le projet CoVenture a été financé par une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada (FRN114887).

À propos du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine

Le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine est un établissement phare en recherche mère-enfant affilié à l’Université de Montréal. Axé sur la découverte de moyens de prévention innovants, de traitements moins intrusifs et plus rapides et d’avenues prometteuses de médecine personnalisée, il réunit plus de 200 chercheurs, dont plus de 90 chercheurs cliniciens, ainsi que 500 étudiants de cycles supérieurs et postdoctorants. Le centre est partie intégrante du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, le plus grand centre mère-enfant au Canada et le deuxième centre pédiatrique en importance en Amérique du Nord. Détails au recherche.chusj.org

À propos du CHU Sainte-Justine

Le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine est l’un des plus grands centres hospitaliers mère-enfant au Canada. Il est membre du grand réseau d'excellence en santé de l'Université de Montréal (RUIS). Il compte 5 457 employés dont 1 532 infirmiers et infirmières auxiliaires et 1 000 professionnels en soins, 520 médecins, dentistes et pharmaciens, 822 résidents et plus de 204 chercheurs, 411 bénévoles, 4 416 stagiaires et étudiants de toutes disciplines. Le CHUSJ comprend 484 lits dont 67 au Centre de réadaptation Marie Enfant (CRME), seul centre dédié exclusivement à la réadaptation pédiatrique au Québec. L'OMS a reconnu le CHU Sainte-Justine «Hôpital promoteur de santé».

Source
CHU Sainte-Justine
Renseignements

Communications, Centre de recherche du CHU Sainte-Justine
communications@recherche-ste-justine.qc.ca 

Personnes-ressources auprès des médias :

Florence Meney
Conseillère-cadre – médias externes
CHU Sainte-Justine
Tél. : 514-755-2516
florence.meney.hsj@ssss.gouv.qc.ca  

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Mise à jour le 15 juillet 2019
Créée le 15 juillet 2019
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