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Centre de recherche
mardi 14 juillet 2020

Les anomalies structurelles du cerveau des personnes ayant des dépendances sont comparables à celles trouvées dans les troubles psychiatriques majeurs

MONTRÉAL, 14 juillet 2020 – Une nouvelle étude du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine (affilié à l’Université de Montréal) fait ressortir le fait que les anomalies structurelles du cerveau associées à la dépendance sont semblables ou supérieures à celles qui sont rapportées dans les autres types de troubles psychiatriques.

Une réduction des volumes cérébraux a été observée chez les patients dépendants à l’alcool et au cannabis, par rapport à des sujets non dépendants de même âge et de même sexe, dans des régions caractéristiques des patients atteints d’autres troubles psychiatriques, tels que schizophrénie, trouble bipolaire, trouble dépressif majeur et trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), selon l’étude publiée en ligne en juillet 2020 dans Human Brain Mapping.

Ces résultats concordent avec les études menées antérieurement sur les anomalies structurelles liées à la consommation d’alcool et de cannabis chez l’adulte. «Nos conclusions suggèrent que les troubles de consommation d’alcool sont associés à des volumes cérébraux considérablement inférieurs dans un certain nombre de régions, celles-là mêmes qui sont touchées chez les patients atteints de schizophrénie, trouble bipolaire et dépression majeure. Les effets de l’alcool sur certaines régions cérébrales étaient de la même ampleur que ceux rapportés dans les cas de schizophrénie», explique l’auteur principal de l’étude, Xavier Navarri, étudiant à la maîtrise au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal. Concernant le cannabis, les effets rapportés étaient aussi de la même ampleur, mais les auteurs préviennent que les conclusions des études qui comparent les grands consommateurs de cannabis aux non-consommateurs démontrent une forte variabilité, laissant suggérer d’importantes variations individuelles entre le mauvais usage du cannabis et la structure du cerveau.

«Ces résultats pourraient avoir d’importantes conséquences cliniques sur la promotion de l’équité en santé dans notre approche des troubles psychiatriques», affirme Patricia Conrod, auteure principale de l’étude et professeure au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal. «Nos résultats suggèrent que l’effet relatif de la dépendance sur le cerveau est de la même ampleur que les anomalies rapportées dans les autres principaux troubles psychiatriques. Pourtant, les troubles liés à la consommation de substances sont très insuffisamment traités dans la société et entraînent des coûts élevés sur le plan humain et social», poursuit Patricia Conrod. «Mieux comprendre les déficiences liées au cerveau dans la dépendance est important pour promouvoir l’équité en santé et favoriser un meilleur accès aux services de réadaptation pour alcooliques et toxicomanes.»

Structures cérébrales

L’équipe de la professeur Conrod fait partie du groupe de travail ENIGMA-Addiction, une collaboration internationale de chercheurs qui ont combiné leurs données d’imagerie pour réaliser de puissantes analyses statistiques sur des échantillons de grande taille. L’étude combine les données de 435 participants présentant des troubles liés à la consommation d’alcool par rapport à un groupe témoin de 363 personnes de 7 sites et 200 participants déclarant une forte consommation de cannabis ou un trouble de consommation de cannabis par rapport à un groupe témoin de 247 personnes non consommatrices de 7 sites. Une méta-analyse a été effectuée pour observer les anomalies cérébrales communes dans l’ensemble des sites chez les patients dépendants à l’alcool et au cannabis. Des analyses ont été menées pour évaluer l’ampleur des effets dans les différentes régions du cerveau en utilisant les mêmes méthodes que celles utilisées pour identifier les corrélats cérébraux de la schizophrénie, du trouble bipolaire, du trouble dépressif majeur et du TDAH par d’autres groupes de travail au sein du consortium ENIGMA.

L’étude a cherché à comparer l’ampleur des effets sur le plan des différences volumétriques dans l’ensemble des troubles psychiatriques. Les résultats suggèrent que la consommation d’alcool est associée à des anomalies cérébrales qui sont de la même ampleur que celles signalées dans les cas de schizophrénie, et supérieures à celles rapportées dans les cas de dépression majeure, dans plusieurs régions du cerveau. Les régions du cerveau qui permettaient le plus de différencier les patients récemment désintoxiqués présentant des troubles de la consommation d’alcool par rapport au groupe témoin étaient les régions sous-corticales, lesquelles font partie du circuit neurologique de la récompense, de l’acquisition d’habitudes, de la mémoire et de la réactivité au stress. Une réduction de l’épaisseur corticale a été observée chez les sujets dépendants à l’alcool et au cannabis, ainsi que chez ceux atteints d’un trouble dépressif majeur. La réduction de l’épaisseur corticale chez les patients alcooliques a également été observée chez les patients atteints de schizophrénie ou de trouble bipolaire. Les troubles de consommation de cannabis sont associés à une réduction des volumes cérébraux dans certaines régions, de la même ampleur que celle observée dans l’alcoolisme et autre trouble psychiatrique. Cependant, les résultats pour le cannabis sont plus variables et requièrent une étude plus approfondie.

«Notre recherche suggère qu’une réduction des volumes structurels dans les troubles de consommation d’alcool et de cannabis est équivalente en ampleur à celle qui a été rapportée dans les cas de schizophrénie et de trouble bipolaire, et plus importante que celle observée dans les cas de dépression majeure et de TDAH.» De telles conclusions sur la structure du cerveau constituent un argument solide pour accroître l’accès des personnes dépendantes aux services de traitement et de réadaptation. «Les gens qui souffrent de dépendance sont moins susceptibles de suivre un traitement que ceux qui présentent d’autres troubles psychiatriques.  Les résultats de cette étude confirment la nécessité d’une plus grande équité dans l’accès aux services de santé mentale et de toxicomanie», déclare Patricia Conrod.

Les conclusions reflètent probablement le rôle du cerveau dans les comportements de dépendance et les effets de la consommation de substances sur les structures cérébrales. L’étude démontre la nécessité de la rééducation cognitive dans les services de réadaptation qui s’adressent aux patients dépendants de l’alcool, ainsi que dans les autres services de réadaptation.

À propos de cette étude

Navarri X., Afzali M.H., Lavoie J., Sinha R., Stein D.J., Momenan R., Veltman D.J., Korucuoglu O., Sjoerds Z., van Holst R.J., Hester R., Orr C., Cousijn J., Yucel M., Lorenzetti V., Wiers R., Jahanshad N., Glahn D.C., Thompson P.M., Mackey S. et Conrod P.J. « How do substance use disorders compare to other psychiatric conditions on structural brain abnormalities? A cross-disorder meta-analytic comparison using the ENIGMA Consortium findings », publié dans Human Brain Mapping, 9 juillet 2020.

L’étude a bénéficié des subventions de projet suivantes : Subvention U54 EB 020403 du National Institutes of Health (NIH), avec des fonds accordés dans le cadre de l’initiative des NIH, Big Data to Knowledge (BD2K); subvention R01 MH116147 accordée à PT, NJ et PC; subvention NIDA 1R01DA047119-01 accordée à Hugh Garavan et PC; et une chaire de recherche du Canada accordée à PC. Collecte de données : Financement accordé à OK pour l’étude Neuro-ADAPT de VICI; subvention 453.08.01 de Netherlands Organization for Scientific Research (NWO) accordée à Reinout W Wiers. Financement accordé à DV pour l’étude TrIP de ZonMW, subvention 31160003 de Netherlands Organization for Scientific Research (NWO). Financement accordé à DV pour l’étude NESDA-AD de ZonMW, subvention 31160004 de Netherlands Organization for Scientific Research (NWO). Financement accordé à RvH pour l’étude ADPG de ZonMW, subvention 91676084 de Netherlands Organization for Scientific Research (NWO). Financement accordé à DV pour l’étude DABIS de VIDI, subvention 016.08.322 de Netherlands Organization for Scientific Research (NWO) accordée à Ingmar H. A. Franken. Financement accordé à JC pour l’étude Cannabis Prospective de ZonMW, subvention 31180002 de Netherlands Organization for Scientific Research (NWO). Financement accordé à RS de NIH/NIDA : PL30-1DA024859 -01 et NIH/NCRR : UL1-RR24925-01. Financement accordé à MY : bourse du National Health and Medical Research Council (1117188) et David Winston Turner Endowment Fund.

À propos du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine

Le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine est un établissement phare en recherche mère-enfant affilié à l’Université de Montréal. Axé sur la découverte de moyens de prévention innovants, de traitements moins intrusifs et plus rapides et d’avenues prometteuses de médecine personnalisée, il réunit plus de 210 chercheurs, dont plus de 110 chercheurs cliniciens, ainsi que 450 étudiants de cycles supérieurs et postdoctorants. Le centre est partie intégrante du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, le plus grand centre mère-enfant au Canada et le deuxième centre pédiatrique en importance en Amérique du Nord. Détails au recherche.chusj.org

Source
CHU Sainte-Justine
Renseignements

Personne-ressource auprès des médias :

Florence Meney
Conseillère-cadre
Relations avec les médias
CHU Sainte-Justine
florence.meney.hsj@ssss.gouv.qc.ca
514-755-2516

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Mise à jour le 20 juillet 2020
Créée le 13 juillet 2020
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