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mardi 4 mai 2021

Asthme chez les tout-petits

Une recherche du CHU Sainte-Justine démontre l’importance d’un suivi étroit pour espérer une guérison optimale

MONTRÉAL, le 4 mai 2021 – On a longtemps pensé que l’évolution de l’asthme chez les enfants était prédéterminée, inéluctable. Or, les résultats de travaux scientifiques menés au CHU Sainte-Justine et à l’Université de Montréal qui paraissent dans l’European Respiratory Journal suggèrent au contraire qu’un contrôle précoce et soutenu de cette affection peut accroître les chances de rémission, et peut-être mener à une guérison complète.

Les symptômes de l’asthme chez le jeune enfant disparaissent chez près de 50-60 % des cas vers l’âge scolaire. Cependant, de nombreux enfants présentent déjà une diminution irréversible de la fonction des poumons vers l’âge de 6 ans, pouvant nuire à la croissance normale des poumons et augmentant ainsi le risque de développer une maladie pulmonaire obstructive chronique à l’âge adulte.

« Notre étude suggère une fenêtre d’opportunité pour augmenter les probabilités de rémission et les chances de changer le cours de la maladie », souligne Cristina Longo, PhD, première auteure de l’étude.

« Comparés aux enfants chez lesquels le contrôle de l’asthme est atteint rapidement et est soutenu, les enfants qui n’en ont pas bénéficié, c’est-à-dire, dont les manifestations et les crises demeurent mal maîtrisées dans les deux ans suivant le diagnostic, présentent une probabilité de rémission considérablement réduite », explique la Dre Francine M. Ducharme, pédiatre épidémiologiste et chercheuse au CHU Sainte-Justine et professeure titulaire au Département de pédiatrie à l’Université de Montréal.

L’importance d’un contrôle rapide et soutenu

La persistance de l’asthme au-delà de la petite enfance a été associée à plusieurs facteurs de risque non modifiables comme le sexe, les allergies déjà acquises, et les antécédents parentaux. Néanmoins, elle a aussi été associée à des facteurs modifiables comme la fréquence et la sévérité des crises, ce qui a soulevé le questionnement suivant chez les chercheurs : en prévenant les crises et en contrôlant l’asthme précocement, pourrions-nous augmenter les chances de rémission?

L’étude actuelle démontre en effet que dans les deux années suivant un diagnostic, le niveau de contrôle de l'asthme est un déterminant important des chances de rémission.

« Concrètement, les enfants ayant vécu un très mauvais contrôle de la maladie tout au long des deux ans suivant le diagnostic ont vu leur chance de rémission réduite de 52 %, alors que ceux qui avaient un mauvais contrôle de la maladie au début, mais qui ont atteint un bon contrôle à la fin des deux premières années ont vu leur chance de rémission réduite de seulement 11 % », précise Cristina Longo.

« L’aspect dynamique de cette observation est très excitant, car cela sous-entend plus qu’une simple prédisposition génétique, renchérit Lucie Blais, PhD au Département de pharmacologie de l’Université de Montréal. Ceci suggère une fenêtre d’opportunité tôt après le diagnostic pour changer le cours de la maladie. »

Pour arriver à cette conclusion, l’équipe de recherche a réuni une cohorte de 48 687 enfants canadiens nés entre 1990 et 2013 et ayant reçu un diagnostic d’asthme avant l’âge de 5 ans. Les chercheurs ont évalué la trajectoire du contrôle de la maladie pendant les deux années suivant le diagnostic puis ont suivi l’évolution de leur maladie. Un enfant était considéré comme en rémission après deux ans sans aucune prise de médicament, sans visite médicale ou à l’urgence, et sans hospitalisation liée à l'asthme.

« Ces conclusions nous imposent d’orienter nos efforts cliniques et de recherche sur cette période importante de la jeune enfance où la croissance pulmonaire est la plus importante. Un changement dans les dogmes de pratiques médicales est crucial », affirme Dre Ducharme.

Maîtriser la maladie à tous coups

Depuis plus de 30 ans, l’approche thérapeutique reste débattue chez les tout-petits. Doit-on simplement traiter les crises ou les prévenir ?

L’usage des traitements préventifs et les efforts de recherche étaient surtout concentrés sur les enfants présentant des facteurs de risque (asthme parental et allergies chez l’enfant) d’avoir encore de l’asthme à 6 ans. On présumait que le soulagement des symptômes et le traitement des crises étaient suffisants chez les autres enfants, puisqu’ils semblaient guérir de leur asthme de toute façon.  

En 2015, les recommandations conjointes de la Société canadienne de thoracologie et la Société canadienne de pédiatrie sur le diagnostic et la prise en charge de l’asthme des enfants d’âge préscolaires dirigées par Dre Ducharme proposaient d’abandonner cette approche et de viser plutôt la maîtrise de la maladie pour tous, avec un traitement préventif personnalisé selon le niveau contrôle.

Par manque d’accès aux tests de fonction pulmonaire spécifiques pour les enfants préscolaires et de données scientifiques solides sur le moment optimal pour commencer le traitement préventif, il subsistait de l’hésitation chez les professionnels de la santé quant à quel enfant devrait recevoir un traitement préventif et quand l’initier. D’autre part, bien qu’il soit recommandé, beaucoup de parents hésitent à poursuivre un traitement quotidien à la suite d'une crise d’asthme qui s’est en apparence résolue.

L’étude citée ici confirme que pour améliorer les chances de rémission, les professionnels de la santé et les parents doivent travailler de concert pour atteindre un contrôle de l’asthme rapide et soutenu, dès la première crise d’asthme chez les tout-petits.

Améliorer la qualité de vie des tous petits

L’asthme est la maladie chronique la plus fréquente chez l’enfant et elle affecte de façon plus importante les enfants d'âge préscolaire. Ces derniers affichent des taux de visites à l’urgence deux à trois fois supérieurs à ceux de tous les autres groupes d'âge.

L’équipe de recherche se penche dorénavant sur des approches prometteuses pour améliorer le contrôle de l’asthme dans ce groupe d’âge.

« Nous examinons l’utilité de tests de fonction pulmonaire spécifiques aux tout-petits pour reconnaître précocement les enfants avec une obstruction asymptomatique des bronches, en testant des interventions novatrices pour prévenir les crises d'asthme déclenchées par les rhumes, et en examinant l’impact à long terme des médicaments de contrôle comme les corticostéroïdes inhalés sur la prévention des séquelles pulmonaires et pour augmenter les chances de rémission de la maladie », conclut Dre Ducharme.

À propos de l’étude

L’article « A[Q1]ssociation between asthma control trajectories in preschoolers and disease remission » a été publié dans l’European Respiratory Journal en mai 2021. La première auteure est Cristina Longo, PhD. L’auteure principale est la Dre Francine M. Ducharme, pédiatre épidémiologiste et chercheuse au CHU Sainte-Justine et professeure titulaire au Département de pédiatrie à l’Université de Montréal.

Cette étude a été conduite avec la collaboration de chercheurs de quatre provinces canadiennes, soit Mohsen Sadatsafavi, PhD, Université de la Colombie-Britannique, Marni Brownell, PhD, Université du Manitoba, Jacqueline M. Quail, PhD, Saskatchewan Health Quality Council, et Lucie Blais, PhD, Université de Montréal.   

L’étude a été financée par le Réseau canadien de recherche respiratoire (RCRR). Ce réseau est financé par les Instituts de recherche en santé du Canada et des partenaires.

Le laboratoire de la Dre Ducharme reçoit un financement de la Fondation CHU Sainte-Justine.

À propos du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine

Le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine est un établissement phare en recherche mère-enfant affilié à l’Université de Montréal. Axé sur la découverte de moyens de prévention innovants, de traitements moins intrusifs et plus rapides et d’avenues prometteuses de médecine personnalisée, il réunit plus de 210 chercheurs, dont plus de 110 chercheurs cliniciens, ainsi que 450 étudiants de cycles supérieurs et postdoctorants. Le centre est partie intégrante du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, le plus grand centre mère-enfant au Canada et le deuxième centre pédiatrique en importance en Amérique du Nord.

Source
CHU Sainte-Justine
Renseignements

Maude Hoffmann
Communications, Centre de recherche du CHU Sainte-Justine
maude.hoffmann.hsj@ssss.gouv.qc.ca

Personne-ressource auprès des médias :

Florence Meney
Conseillère-cadre – médias externes
CHU Sainte-Justine
Tél. : 514-755-2516
florence.meney.hsj@ssss.gouv.qc.ca

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Mise à jour le 10 mai 2021
Créée le 3 mai 2021
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